Dans ses textes qui traitent de la relation entre la sagesse philosophique et la religion, Averroès développe deux idées centrales :

• la première est que la vérité philosophique ne contredit pas la vérité révélée ;

• la seconde est que la démonstration rationnelle est le moyen le plus sûr d’atteindre la vérité.

La « double vérité »

La théorie de la « double vérité » est attribuée à Averroès par les philosophes chrétiens, mais il s’agit en fait d’une erreur d’interprétation. Selon certains commentateurs, Averroès admettrait qu’il existe deux vérités : l’une philosophique et l’autre religieuse. Or, pour le philosophe musulman, il n’existe qu’une seule vérité mais différents moyens d’y parvenir. La vérité révélée de la religion et la vérité rationnelle de la philosophie ne sont que deux expressions différentes d’une seule vérité (citation 2). L’intention d’Averroès lorsqu’il rédige Le Discours décisif est de défendre le droit à utiliser les raisonnements démonstratifs rationnels dans la recherche de la vérité.

Il ne défend pas l’idée que la vérité obtenue par les raisonnements démonstratifs a plus de valeur que la vérité révélée, mais il soutient que l’homme, étant doué de raison, doit en faire usage.
Le recours à la raison vient selon lui consolider la vérité révélée parce que la démonstration aboutit aux mêmes conclusions. En somme, Averroès ne cherche pas à démontrer la primauté de la philosophie sur la religion ou à opposer les deux. Il cherche plutôt à défendre la pratique de la philosophie au sein de la pensée islamique. De la démonstration comme moyen d’accéder à la vérité Selon Averroès, il existe trois formes de raisonnements :

• la rhétorique, qui est l’art du discours ;
• la dialectique, qui désigne la déduction d’une conclusion d’après des prémisses probables (approximations) ; • la démonstration, qui est la forme la plus noble du raisonnement.

C’est la déduction d’une conclusion d’après des prémisses vérifiées (vraies), ce qu’on appelle le syllogisme.

BON À SAVOIR

Le syllogisme est décrit par Aristote dans La Logique. Il s’agit d’un raisonnement logique qui permet de déduire une conclusion à partir de deux énoncés appelés les « prémisses » : « Tous les hommes sont mortels. Or Socrate est un homme. Donc Socrate est mortel. »

Il existe aussi trois catégories d’hommes auxquelles correspondent ces formes de raisonnement :

• les hommes incapables d’interprétation, c’est-à-dire incapables de penser par eux-mêmes, à qui conviennent les raisonnements rhétoriques. Il s’agit de leur enseigner le Coran par le discours, au moyen d’allégories et d’exemples, car ils sont uniquement influencés par les mots ;

• les hommes capables d’interprétation mais qui se contentent de raisonnements dialectiques. Ceux-ci constituent les outils qu’utilisent les théologiens pour établir leurs arguments, mais ils n’aboutissent en aucun cas à des vérités établies. Le raisonnement dialectique ne produit en effet que des opinions ;

• les hommes d’interprétation certaine, qui sont capables de philosopher, c’est-à-dire de produire des raisonnements démonstratifs, uniques portes d’accès à la vérité. Lorsqu’il s’agit de produire une connaissance sur le monde et sur la révélation, le meilleur moyen est en effet de faire usage de la démonstration, qui seule conduit à une connaissance certaine

De l’obligation de faire usage de la raison

Dans Le Discours décisif, Averroès examine d’un point de vue juridique, donc de conformité à la loi révélée, la question de savoir si la pratique de la philosophie est autorisée. Il en arrive aux conclusions suivantes :

• il y a dans le Coran des versets qui imposent l’usage de la raison. Ceux parmi les hommes qui ont la capacité de raisonner sont invités à le faire ;
• l’examen rationnel du monde et des êtres doit faire usage du syllogisme ;
• il faut connaitre la pensée des Anciens (par exemple des philosophes grecs) sur les choses qui concernent le monde ;
• il n’y a pas de contradiction entre la raison et le texte révélé (le Coran) (citation 4).

Averroès en déduit que l’usage de la raison n’est pas contraire à la religion. Au contraire, la méthode démonstrative est même encouragée par la religion.

De l’interprétation

Il y a cependant certains cas où l’examen démonstratif conduit à des contradictions avec le texte révélé. Il faut alors approfondir l’examen rationnel et interpréter le texte. Plus précisément :

• si l’examen démonstratif conduit à une connaissance à propos d’un sujet qui n’est pas traité dans le texte révélé, alors il n’y a pas lieu de pousser l’analyse plus loin et de chercher une quelconque conformité ;
• par contre, si le raisonnement conduit à une connaissance à propos d’un sujet traité dans le texte révélé, on peut se trouver face à deux possibilités : soit le résultat de la démonstration est en accord avec la loi divine, soit il présente une contradiction avec cette dernière. Si la conclusion du raisonnement logique contredit le Coran, alors il faut interpréter le texte. Autrement dit, en cas de contradiction entre les résultats du raisonnement et la vérité révélée dans le Coran, il faut interpréter les énoncés du Coran.

Selon Averroès, le Coran comporte deux niveaux de lecture :

• le premier est le sens obvie. C’est le sens évident, que l’on perçoit sans réflexion, immédiatement ;
• le second est le sens ésotérique. C’est la signification que l’on obtient par réflexion et interprétation.

Si l’on interprète correctement le Coran, les vérités dé-montrées et révélées ne peuvent pas être contradictoires.

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