Le soufisme selon Ibn Khaldoun Courants de pensée samedi 18 octobre 2025 Le soufisme est une doctrine née au sein de la théologie qui a récemment pris corps dans l’islamisme. C’est un système de morale mystique que les premiers musulmans, les compagnons les plus illustres du Prophète, leurs disciples et les générations des hommes pieux qui ont suivi ont toujours considéré comme une voie conduisant à la Vérité et à sa loi infaillible. Se vouer au service de Dieu, se donner entièrement à lui, s’éloigner du luxe et des vanités du monde, s’abstenir de ce qui attire les masses, comme le plaisir, la fortune, la renommée, se séparer du commerce du monde afin de mieux servir Dieu dans la solitude, telles sont les bases sur lesquelles repose la méthode soufite et qui constituaient déjà la règle de conduite des premiers musulmans. À partir du IF siècle, les esprits commencèrent à se laisser entraîner vers les jouissances du monde et à être dominés par les séductions de la vie séculière et sociale. Ceux qui se maintinrent dans les pratiques austères de la religion prirent le nom spécial de Soufites et s’imposèrent des exercices particuliers de piété, dont eux seuls connaissaient le véritable sens. Par exemple, chaque fois que l’agrégé au soufisme livre un combat contre lui-même et remplit ses devoirs du culte, il faut que de cette lutte spirituelle naisse pour lui un état extatique accidentel, résultante de ses efforts. Cet état accidentel est caractérisé ou par un acte de culte qui, prenant racine et devenant habitude, se change en station extatique constante, ou une qualité adhérente à l’âme, telle que le chagrin, la joie, l’activité, le quiétisme ou autres sensations que l’âme éprouve quand elle est arrivée au degré de l’extase immanente. L’initié ne cesse de monter de station en station jusqu’à ce qu’il soit parvenu au terme idéal de la possession de la vraie et suprême félicité, c’est-à-dire au degré sublime de spiritualité ou de confession de l’unité de Dieu. Il est nécessaire à l’adepte de parcourir les différentes phases de cette existence intellectuelle, fondée sur l’obéissance aux ordres divins et un cœur pur de tout respect humain. Les états extatiques et les qualités sont le résultat et le fruit fécond de cette série d’évolutions. Lorsque le résultat est imparfait, c’est que l’acte qui l’a produit était lui-même imparfait. Il en est ainsi des pensées et des lumières inopinées de l’esprit : elles ne sont complètes que si les causes productives sont elles-mêmes complètes. Aussi, est-il besoin de s’examiner au point de vue des impressions laissées en soi par les actes, d’en supputer les réalités, car les conséquences dérivent nécessairement des actes et les rapports de l’effet à la cause doivent toujours être directs. L’agrégé à l’ascétisme, au moyen du goût ou discernement esthétique, perçoit l’imperfection des conséquences et en découvre les causes en compulsant son âme. Peu de personnes suivent les soufites dans cette voie perfectionnée de dévotion : la tiédeur est, pour ainsi dire, générale. La plupart des fidèles, quand ils ne sont pas soufites, obéissent, il est vrai, aux différentes prescriptions du Livre ; mais leur obéissance n’étant contrôlée par aucun jurisconsulte, on ne sait si leurs actes sont entièrement satisfactoires et leur soumission parfaite. Les soufites, au contraire, à l’aide de leur discernement, plus ou moins subtil, et de leurs ravissements d ‘esprit, reconnaissent s’il y a connexion exacte entre les devoirs accomplis et leurs résultats, c’est-à-dire s’il y a eu omission de devoirs. Ce système doctrinal aurait sa source dans l’examen de conscience rapporté aux actes à accomplir ou à éviter, et s’ex - primerait à l’aide de mots propres à dépeindre les différentes nuances du goût et des opérations contemplatives produites par les combats livrés contre soi-même. Les soufites ont, en outre, une discipline intérieure et un langage de convention, dont les paroles ont un sens autre que celui que l’usage ordinaire leur accorde. Et, en effet, s’il survient en notre esprit des idées en dehors de celles qui ont cours communément, il nous faut en faciliter la compréhension au moyen d’expressions faciles à reconnaître. C’est par ce langage appliqué à la génération des idées et qui est, en somme, une branche de savoir, que les soufites forment dans la société, une classe à part, inimitable. À ce point de vue, la théologie se divise en deux parties : l’une, à l’usage des jurisconsultes et des casuistes, comprend les principes généraux du culte, des pratiques coutumières et personnelles, ainsi que les règles des actes du commerce avec Dieu ; l’autre, à l’usage des mystiques, concerne l’application de l’âme aux luttes intérieures et l’examen de conscience sur ces efforts intimes, les dissertations sur les divers degrés du goût intellectuel et les méditations de l’âme ravie en Dieu pendant sa marche dans la voie de l’examen de conscience, l’art de s’élever de degré en degré sur l’échelle du discernement esthétique et l’explication des termes conventionnels en usage parmi eux pour définir toutes ces modifications de l’âme. Lorsque les sciences morales eurent été écrites et rassemblées en volumes, que les jurisconsultes eurent exposé leurs théories sur le droit et ses origines, sur le dogme, fait les commentaires obligés des textes sacrés, etc., on vit les soufites publier à leur tour leur doctrine et El-Ghazzäli réunir dans son Lh’ia les deux sciences : théologie littérale et théologie spéculative. Le soufisme devint alors une science méthodique après n’avoir été qu’une simple forme de culte. Le combat contre soi même, la retraite, la prière-dicr sont, en général, suivis du dégagement des voiles qui ôtaient à l’âme la vision des mondes relevant immédiatement de Dieu et où l’homme esclave de ses sens ne peut rien découvrir. L’âme intelligente fait partie de ces mondes. Voici de quelle façon s ‘opère la chute du voile qui nous dérobe le monde intérieur : Quand l’âme intelligente se détache des sens externes pour se concentrer vers le sens intime, l’appareil qui nous donne la connaissance des objets extérieurs s’affaiblit au profit de nos dispositions morales. L’âme domine ; elle est recréée ; une ère nouvelle commence pour elle. Voir la source Source de l'article Les prolégomènes Ibn Khaldoun Qui êtes-vous ? Votre nom Votre adresse email Votre message Titre (obligatoire) Texte de votre message (obligatoire) Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides. Veuillez laisser ce champ vide : Commentaires