La construction de l’Empire L’unification du Maghreb par les Almohades mercredi 11 mars 2026 L’accession au pouvoir et la conquête de Marrakech transformaient l’insurrection almohade en système étatique. La convergence des oppositions aux Almoravides et les alliances tactiques qui avaient permis la victoire se défirent alors. Chacun chercha à tirer profit de la disparition du pouvoir central almoravide. Les Almohades durent ainsi faire face à une série de révoltes qui firent chanceler leur pouvoir dans la majeure partie du Maghreb. 3.1. LA PREMIÈRE « CRISE DE CROISSANCE » Le premier à se révolter fut ‘Umar b. al-Khayyât un individu, sans doute originaire de Salé, plus connu sous le nom d’Ibn Hûd al-Mâssî. Depuis Mâssa, ancien ribât censé devoir jouer un rôle important le jour du jugement dernier, il réussit à fédérer de nombreuses tribus. Toute la plaine atlantique, le Moyen Atlas et une grande partie du Haut-Atlas reconnurent son autorité. En outre, un des principaux généraux almoravides, Yahyá Ibn al-Sahrâwiyya, revint d’al-Andalus où il s’était réfugié pour tenter de restaurer le pouvoir déchu. Certaines régions d’al Andalus comme le Gharb reprirent leur indépendance, et Ceuta, le port le plus important du Détroit, se révolta sous la direction du charismatique Qâdî ‘Iyâd, qui visait sans doute à rétablir le malikisme. Au lieu de s’unir, les chefs de ces différentes révoltes, et les innombrables rebelles locaux, dont seuls les noms nous sont parvenus, se combattirent les uns les autres. En une année, grâce à la discipline acquise durant les deux décennies de lutte contre les Almoravides, les Almohades parvinrent à rétablir une situation qui paraissait désespérée. En 1148, ils vainquirent et tuèrent Ibn Hûd al-Mâssi et, en 1149, ils contraignirent Yahyá Ibn al-Sahrâwiyya à se réfugier au Sahara. Alternant violence et clémence, ‘Abd al-Mu’min sut tirer parti de la division des opposants, mais il ne s’imposa finalement que par une répression systématique, dans le cadre de ce que les sources appellent la « reconnaissance » (al-i‘tirâf) [du nouveau pouvoir ou de la faute commise]. L’opération s’inscrit dans la continuité du tamyîz, l’épuration interne menée par le Mahdî Ibn Tûmart : une liste de personnes à éliminer était fournie aux tribus ou rebelles vaincus, qui devaient se charger eux-mêmes de l’exécution. L’objectif était de casser les solidarités tribales au profit de l’autorité supérieure et d’un idéal supra tribal. C’est là une étape fondamentale dans le développement de l’idée d’État au Maghreb. 3.2. LES ALMOHADES ET LA MER L’importance accrue des échanges maritimes, et donc du littoral, conduisit les souverains almohades à s’intéresser aux infrastructures navales et portuaires. Sur les bases d’un fort édifié par Tâshfîn b. ‘Alî (1143-1145), ‘Abd al-Mu’min fit ainsi construire face à Salé, de l’autre côté du Bou Regreg, une nouvelle ville appelée al-Mahdia (« la ville du Mahdî ») et Ribât al-Fath (« le ribât de la victoire »), la future Rabat. En outre, dans les villes littorales de Safi, d’Azemmour, d’Ânfa, de Tanger et de Ceuta, des forteresses furent édifiées pour le gouverneur, les fonctionnaires et la garnison, ainsi que des enceintes et des mosquées monumentales. Cette politique urbaine et portuaire, bien étudiée par Christophe Picard, s’accompagna d’un effort sans précédent pour créer dans les nouveaux arsenaux une flotte puissante. On a vu dans cette grande politique de construction navale la première cause de la désertification du Maghreb, dont les forêts d’al-Ma‘mûra (au nord de Salé) jusqu’au Rîf furent alors sur-exploitées. Cette orientation maritime du nouveau régime contribua au dynamisme économique des rivages de la Méditerranée et de l’Atlantique, et permit d’assurer une certaine continuité territoriale de part et d’autre du Détroit de Gibraltar, d’abord pour l’envoi des troupes destinées à assurer la domination almohade sur al-Andalus, puis pour la circulation des biens et des personnes. 3.3. LA CONQUÊTE DU MAGHREB CENTRAL Pourtant avant de se tourner vers la péninsule Ibérique, ‘Abd al Mu’min porta ses efforts sur le Maghreb Central où, au milieu du XII siècle, le pouvoir hammâdide était bien affaibli. En effet, depuis plusieurs décennies, la principauté avait été ébranlée par l’arrivée des tribus arabes hilâliennes qui dominaient l’intérieur du pays et considéraient l’émir hammâdide comme leur suzerain. Or, jusqu’à la fin, les Hammâdides avaient apporté leur soutien aux Almoravides dans leur lutte contre les Almohades. Décidé à les punir, ‘Abd al-Mu’min quitta Salé, en 1151-1152, à la tête de ses troupes, en faisant croire qu’il partait en al-Andalus. Arrivé dans la région de Ceuta, il surprit tout le monde en obliquant vers le Maghreb Central et en s’emparant d’Alger et de Bougie sans résistance notable. Le prince hammâdide, ‘Abd al-‘Azîz, s’étant enfui par mer d’abord à Bône, puis à Constantine, négocia finalement sa reddition contre la vie sauve et un exil en résidence surveillée à Marrakech. ‘ Abd al-Mu’min appelle la population de Constantine à se soumettre (27 août 1152), lettre résumée par É. Lévi-Provençal « Après avoir rappelé comment Dieu a favorisé la conquête de la région orientale du Maghreb par les Almohades, le souverain informe ses correspondants qu’il a jugé bon de leur écrire afin de les inviter à ce soumettre au régime unitaire. Il les engage à se hâter de répondre par l’affirmative à son invitation, et il leur montre les avantages matériels et moraux qu’ils retireront de leur adhésion. Puis il leur rappelle comment les anciens maîtres du pays, après avoir dédaigné les moyens de persuasion employés pour les gagner à la cause almohade, ont fini par subir le châtiment mérité pour leur impiété, leur aveuglement et leur empressement à suivre les inspirations du démon. Il leur expose ensuite la manière digne d’éloges dont s’est comporté dans la région de Bougie récemment conquise, le général Abû Muhammad Maymûn b. ‘Alî b. Hamdûn, qui a fait sa soumission. Auparavant déjà, les talaba-s* almohades de Bougie et les commerçants avaient fait connaître ses bonnes dispositions, que son adhésion au régime a confirmées avec éclat. Ce général, ainsi que son frère, et tous leurs fils et proches parents sont maintenant pourvus de postes de choix. Pour en revenir aux destinataires eux-mêmes, le souverain les exhorte vivement à se soumettre et leur promet la sauvegarde. Leur pays a dû subir dans le passé des impôts illégaux, gabelles (qabalât) et taxes (mukûs et maghârim) de la part des misérables qui y régnaient et de leurs gouverneurs. Mais grâce à la réforme réalisée par le Mahdî, cet état des choses impie a été aboli, et les Almohades n’exigent de leurs sujets que des redevances fixées par la tradition (sunna), et non plus les taxes abusives que les anciens maîtres du pays avaient instituées. » La principale résistance militaire au Maghreb Central provint en fait des tribus arabes hilâliennes, qui craignaient de perdre les avantages financiers et territoriaux que leur avaient concédés les princes hammâdides de Bougie. Alors que ‘Abd al-Mu’min repartait vers Marrakech, elles se soulevèrent, unies pour l’occasion, contre les garnisons almohades laissées dans les villes, obligeant le calife à faire demi-tour. Une rencontre décisive eut lieu à Sétif en 1153. Elle se solda par la victoire des Almohades, qui pardonnèrent aux vaincus et les engagèrent pour combattre sur d’autres fronts, al-Andalus et l’Ifrîqiya. 3.4. L’IFRÎQIYA ET LES NORMANDS La situation dans cette dernière région était confuse. En effet, dès 1134, profitant de l’affaiblissement du pouvoir ziride en Ifrîqiya et de l’éclatement du pouvoir central en de nombreux émirats* rivaux (Tunis, Gafsa, Gabès, Tripoli), les Normands de Sicile avaient occupé l’île de Djerba, d’où ils avaient lancé des razzias sur tout le littoral de Djidjelli à Tripoli, forçant les populations à déserter la côte durant l’été. Les ports de Gabès, de Mahdia, de Sfax et de Sousse étaient alors tombés l’un après l’autre et avaient été pourvus de garnisons normandes qui ne s’intéressaient pas à l’intérieur des terres mais uniquement au littoral. Il fallut plusieurs années aux Almohades pour organiser la conquête. C’est en 1159 qu’une expédition combinée, par voie de terre et par mer, fut lancée, avec l’aide des tribus arabes qui luttaient déjà sur place contre les Normands. Une flotte fut construite dans les ports occidentaux, pendant que des céréales étaient stockées dans des greniers souterrains disposés sur l’itinéraire des troupes. En effet la prise des ports fortifiés par les Normands impliquait un blocus maritime et terrestre ainsi qu’un siège pour lequel des tours de siège et des mangonneaux furent construits. La puissance de l’armée almohade et la coordination des forces conduisirent les dynasties issues de la dislocation du pouvoir ziride comme les Banû l Rand de Gafsa ou les Banû l-Khurâsân de Tunis à se soumettre, et entre 1159 et 1160, tous les ports sous domination normande passèrent aux Almohades. Ceux-ci avancèrent alors jusqu’en Cyrénaïque (Libye actuelle), à la frontière des territoires contrôlés par les Fatimides d’Égypte. Le plus grand Empire maghrébin sous une dynastie indigène venait d’être créé Voir la source Source de l'article Histoire du Maghreb médiéval XI-XV siècle Pascal Buresi Mehdi Ghouirgate Qui êtes-vous ? Votre nom Votre adresse email Votre message Titre (obligatoire) Veuillez laisser ce champ vide : Texte de votre message (obligatoire) Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides. Veuillez laisser ce champ vide : Commentaires