Date importante dans l’histoire du Maghreb, 1500 ne l’est pas moins dans l’Orient où l’on voit se former trois grands États : Mogol dans l’Inde, Séfévide en Iran, Ottoman en Anatolie. La dynastie « mogole », fondée en 1526 par Babour, le dernier prince timouride dépossédé, régna pendant deux longs siècles sur l’Inde où les mamelouks turcs du sultanat de Delhi (fin xiiie) avaient achevé la conquête du Dekkan (début xive siècle). Le plus grand souverain mogol, Akbar (1556-1605), puissant organisateur et philosophe hardi, favorisa l’art local et donna à l’islam indien la forme qu’il conserva depuis dans l’histoire.

Son petit-fils, contemporain de Louis XIV, s’entoura d’une magnificence célèbre, mais Français et Anglais provoquèrent au xviiie siècle l’émiettement de cet empire en une série de petites principautés locales. Au xvie siècle d’autre part, les Hollandais avaient mis la main sur les royaumes musulmans qui, depuis le xive siècle, s’étaient établis à Java et à Sumatra. Toute la partie orientale du monde musulman se trouvait dès lors soumise à la colonisation européenne. De l’Iran, les Timourides avaient été chassés par les fondateurs de la dynastie Séfévide (1501-1736) ; celle-ci créa un État national chiite, qui adopta officiellement la doctrine des duodécimains et qui dure encore aujourd’hui. La dynastie atteignit son apogée sous Châh ‘Abbâs (1587 1629), qui fit de sa capitale Ispahan une des plus belles villes du monde musulman et parvint à reconquérir pour un temps l’Irak et les villes saintes du chiisme. Après l’invasion afghane qui renversa les Séfévides, la Perse retomba dans l’anarchie, qui continua sous la dynastie turcomane des Qadjar.

L’Empire ottoman, qui dura six siècles et devait donner naissance dans les temps modernes à l’État musulman le plus fort, doit son nom au chef d’une tribu turque (apparentée aux Seljoukides), Osman, qui, parti de Bithynie, réussit peu à peu à étendre son domaine au détriment des Mongols et des Byzantins.

Un moment brisée par Tamerlan, l’expansion ottomane ne tarda pas à reprendre une vigueur nouvelle : prise de Constantinople (1453) par Mehmet II et invasion de l’Europe balkanique, conquête de la Syrie et de l’Égypte sur les Mamelouks par Sélim Ier (1512-1520), enfin mainmise sur l’Irak par Soliman le Législateur dit le Magnifique (1520-1566). L’empire s’étendait alors des portes de Vienne au Nil, de Bagdad à Tunis et Alger occupées par des corsaires turcs, et ses grandes villes, parsemées de mosquées à coupoles et minarets turcs hanafites, témoignaient comme Istanbul du plein épanouissement de l’art des Ottomans. Mais dès le xviiie siècle la décadence commença. L’Europe réagissait par ses armées et aussi par ses marchands, qui, en vertu des accords nommés Capitulations (1536, 1740), inondaient les ports turcs des produits manufacturés occidentaux ; l’empire souffrait de sa trop grande extension, comme du désordre des finances et de l’indiscipline des janissaires. Politiquement il avait vu ses territoires occidentaux se séparer progressivement de l’administration centrale : Égypte de Méhémet Ali, après l’expédition de Bonaparte, Tunisie des Beys, plus tard domination de la France sur l’Algérie, puis sur la Tunisie, et de l’Italie sur la Libye.

Le monde musulman avait perdu sa vitalité ancienne : les Ottomans le soutenaient, mais sans pouvoir susciter un réveil de la civilisation qu’ils avaient contribué à étouffer et qui s’engourdissait, aussi bien dans le domaine intellectuel que dans le domaine économique où l’Europe industrialisée exerçait ses ravages. Déjà cependant un premier effort de réaction se dessina : le sultan ottoman chercha à regrouper les forces musulmanes en se faisant reconnaître « calife », titre qu’il prétendait dater de la conquête de l’Égypte (1517), mais qui n’apparut pour la première fois qu’au traité russo-ottoman de 1774. Le « pan-islamisme » allait jouer son rôle parmi les nouvelles tendances de l’islam moderne, mais se heurter à l’opposition arabe et à l’éveil des nationalismes

QUE SAIS-JE ?
L’islam
( Dominique Sourdel )

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