Atatürk (Mustafa Kemal, dit) (1880-1938) Biographies mardi 23 septembre 2025 Homme politique le plus déterminant de la Turquie moderne, plus que les Jeunes-Turcs* et les derniers sultans du Califat moribond, Mustafa Kemal recevra en 1934 le surnom d’Atatürk, « le Père des Turcs », et sera désigné par la suite comme « le Prophète de la laïcité ». En une décennie, il réussit à transformer durablement le visage de la Turquie, et par conséquent le visage de l’islam sunnite dans son ensemble, ayant en même temps désarabisé et déritualisé l’islam national. Après le démantèlement de l’Empire ottoman à l’issue de la Première Guerre mondiale, les armées alliées occupent l’Anatolie et se préparent à en faire une autre de leurs colonies, au profit notamment de la Grèce. Mustafa Kemal est celui qui mène la résistance au cours de cette guerre d’indépendance et devient naturellement le premier président de la République de Turquie qui est proclamée en 1923. Son autoritarisme lui permet de mener une modernisation à marche forcée, inspirée du laïcisme de la « République radicale » française, qu’aucun souverain n’avait tentée avant lui : abolition du Califat, suppression des écoles théologiques, des confréries soufies dont l’emprise était immense sur l’arrière-pays (le couvent mevlevi de Konya, celui des « derviches tourneurs », est transformé en musée), et de tout l’enseignement traditionnel ancien ; suppression des tribunaux de la shari’a, interdiction du costume traditionnel et du hijab, ainsi que de la polygamie ; proclamation du dimanche comme jour de repos hebdomadaire en lieu et place du vendredi, adoption du calendrier grégorien, de l’alphabet latin et du système métrique, réforme des patronymes. Le Code civil suisse est adopté, reléguant la shari’a quasiment aux oubliettes, tandis que la récitation du Coran et l’appel à la prière se font en turc. Les principes directeurs se résumaient à trois : turquiser le pays, en affirmant son indépendance politique et culturelle ; le moderniser au plan juridique et économique ; et, surtout, l’occidentaliser, puisque l’Occident constituait en ce temps-là la seule alternative à l’immobilisme ambiant. Ainsi est née la Turquie laïque, républicaine, démocratique, populiste, révolutionnaire et étatiste, qui marque une rupture non seulement avec le modèle traditionnel, mais aussi avec le réformisme prudent des Tanzimat*. Si le kémalisme est, on s’en doute, loin de faire l’unanimité chez les penseurs de l’islam politique, il n’en reste pas moins une idéologie très vivace dans la Turquie d’aujourd’hui. Mémoires, Trad. J.-P. Jackson, éd. Coda, 2005. BENOIST-MECHIN, 1959 ; DAVISON, 1998 ; DUMONT, 1983 ; FEROSE, 1976 ; GEORGEON, 1987 ; KHALID, 1974 ; KINROSS, 1964 ; REED, 1954 & 1955 ; TEKINALP, 1937. Voir la source Source de l'article Malek Chebel Qui êtes-vous ? Votre nom Votre adresse email Votre message Titre (obligatoire) Texte de votre message (obligatoire) Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides. Veuillez laisser ce champ vide : Commentaires