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	<title>Nedjma Institute</title>
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		<title>Nedjma Institute</title>
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		<title>Entretien avec Mouloud Feraoun</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nedjma Institute</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Parlez-moi de votre premier roman.. &lt;br class='autobr' /&gt; .J'ai &#233;crit Le Fils du pauvre pendant les ann&#233;es sombres de la guerre, &#224; la lumi&#232;re d'une lampe &#224; p&#233;trole. J'y ai mis le meilleur de mon &#234;tre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Roman autobiographique, n'est-ce pas ? &lt;br class='autobr' /&gt; Oui... Je suis tr&#232;s attach&#233; &#224; ce livre, d'abord parce que je ne mangeais pas tous les jours &#224; ma faim alors qu'il sortait de ma plume, ensuite parce qu'il m'a permis de prendre conscience de mes moyens. Le succ&#232;s qu'il a remport&#233; m'a encourag&#233; &#224; &#233;crire d'autres livres. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.nedjma.org/-Litterature-" rel="directory"&gt;Litt&#233;rature &lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.nedjma.org/local/cache-vignettes/L150xH91/planche_mouloud_feraoun_2-baeb3.png?1778323821' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='91' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Parlez-moi de votre premier roman..&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;.J'ai &#233;crit Le Fils du pauvre pendant les ann&#233;es sombres de la guerre, &#224; la lumi&#232;re d'une lampe &#224; p&#233;trole. J'y ai mis le meilleur de mon &#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Roman autobiographique, n'est-ce pas ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui... Je suis tr&#232;s attach&#233; &#224; ce livre, d'abord parce que je ne mangeais pas tous les jours &#224; ma faim alors qu'il sortait de ma plume, ensuite parce qu'il m'a permis de prendre conscience de mes moyens. Le succ&#232;s qu'il a remport&#233; m'a encourag&#233; &#224; &#233;crire d'autres livres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que faisait votre p&#232;re ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'&#233;poque de ma naissance, il &#233;tait cultivateur. Mais, d&#232;s avant 1910, il avait d&#251; quitter le sol natal pour chercher ailleurs du travail. En ce temps-l&#224;, les Kabyles n'allaient pas encore en France, mais dans le Constantinois. Par la suite, il se rendit dans les mines du Nord - &#224; Lens, exactement - et de l&#224; dans la r&#233;gion parisienne. Il travaillait aux Fonderies d'Aubervilliers lorsqu'il fut accident&#233;. On peut dire de mon p&#232;re qu'il s'est donn&#233; beaucoup de mal pour &#233;lever sa nich&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Combien eut-il d'enfants ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cinq dont deux gar&#231;ons. Mon fr&#232;re cadet est aussi instituteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans Le Fils du pauvre, vous avez racont&#233; - bien s&#251;r en les transposant sur le plan romanesque - votre enfance et vos &#233;tudes. Vous &#234;tes arriv&#233; &#224; votre but &#224; la force des poignets. &lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai beaucoup admir&#233; votre courage...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gr&#226;ce &#224; la compr&#233;hension d'un de mes ma&#238;tres, j'obtins une bourse, commen&#231;ais mes &#233;tudes &#224; Tizi Ouzou et les achevais &#224; l'Ecole normale d'Alger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quand avez-vous &#233;t&#233; nomm&#233; instituteur ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1935. Depuis cette date, j'ai enseign&#233; dans diff&#233;rents postes et principalement &#224; Taourirt Moussa, &#224; deux kilom&#232;tres de mon village natal, de 1946 &#224; 1952.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous &#234;tes actuellement directeur de l'&#233;cole de gar&#231;ons de Fort-National &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, depuis octobre dernier. Ecole de 300 &#233;l&#232;ves avec cours compl&#233;mentaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Satisfait ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a va. Nous avons l'eau courante et l'&#233;lectricit&#233;. Le m&#233;decin et le pharmacien sont &#224; proximit&#233;. Les enfants travaillent ; ils sont assidus, sans doute parce qu'ils sont&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous &#234;tes mari&#233;, n'est-ce pas ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et j'ai six enfants ; mon a&#238;n&#233; a 13 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;(Nous en venons &#224; La Terre et le Sang. Mouloud Feraoun parle, parle... On sent que ce livre a requis toute sa sollicitude pendant de longs mois. L'oeuvre vit encore en lui, bien que le manuscrit soit d&#233;j&#224; &#224; Paris.)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment vous est venue l'id&#233;e de ce nouveau roman ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vous disais &#224; l'instant que le succ&#232;s de mon premier ouvrage m'avait encourag&#233; &#224; &#233;crire d'autres livres. Il faut ajouter ceci : l'id&#233;e m'est venue que je pourrais essayer de traduire l'&#226;me kabyle. D'&#234;tre un t&#233;moin. Je suis de souche authentiquement kabyle. J'ai toujours habit&#233; la Kabylie. Il est bon que l'on sache que les Kabyles sont des hommes comme les autres. Et je crois, voyez-vous, que je suis bien plac&#233; pour le dire. &lt;br class='autobr' /&gt;
Vous noterez que ma d&#233;cision prise, quelqu'un m'a constamment tarabust&#233;, mis la plume entre les pattes. C'est mon ami Robl&#232;s que je connais depuis 20 ans. Chaque fois : &#034;O&#249; en es-tu ?&#034;, &#034;Travaille sec&#034;, &#034;J'attends ton roman&#034;. Il est venu &#224; plusieurs reprises me relancer &#224; Taourirt et, pour sa voiture, ce fut chaque fois une exp&#233;dition. Dites bien que, pour lui, l'amiti&#233; n'est pas un vain mot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quel est le sujet de La Terre et le Sang ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai pens&#233; que l'&#233;migration des Kabyles pouvait donner mati&#232;re &#224; un ou plusieurs ouvrages dignes d'int&#233;r&#234;t. J'ai distingu&#233; deux p&#233;riodes : de 1910 &#224; 1930 et de 1930 aux ann&#233;es que nous vivons. La Terre et le Sang est consacr&#233; &#224; la premi&#232;re p&#233;riode. J'&#233;crirai un autre roman sur la seconde p&#233;riode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi deux p&#233;riodes ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A mon avis, il y a une grande diff&#233;rence entre ces deux p&#233;riodes. La psychologie des Kabyles d'aujourd'hui se rendant en France n'est plus du tout celle des Kabyles qui leur ont ouvert la route. Les Kabyles de 1953 sont mieux arm&#233;s que leurs devanciers, parce qu'ils s'adaptent plus facilement aux faons de vivre de la m&#233;tropole. Par contre, il me semble que les anciens &#233;taient davantage attach&#233;s &#224; leur village, &#224; leur terre, aux murs kabyles ; ils se h&#226;taient de retourner chez eux avec leurs &#233;conomies pour am&#233;liorer leur situation au village, ce qui n'est pas automatique aujourd'hui. Le sujet ?La Terre et le Sang relate l'histoire d'Amer, un gar&#231;on de 14 ans, envoy&#233; &#224; Paris avec des voisins. Cela se passe avant la Premi&#232;re Guerre mondiale. D'abord cuisinier de la petite colonie de son village, le jeune Kabyle ne tardera pas &#224; travailler dans la mine, comme ses compagnons. Un soir, il tuera accidentellement un de ses compatriotes. N'osant plus rentrer en Kabylie (o&#249; il risque d'&#234;tre ex&#233;cut&#233; par la famille du d&#233;funt), il d&#233;cide de vivre d&#233;sormais en France. Quinze ann&#233;es passent. L'appel du sol natal et le d&#233;sir d'une existence plus simple l'emportent sur la prudence. Accompagn&#233; de sa femme Marie, une Parisienne que la vie a meurtrie, il rentre dans son village. Deux ans apr&#232;s son installation, la trag&#233;die&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Avez-vous d'autres projets ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, car le domaine qui touche &#224; l'&#226;me kabyle est tr&#232;s vaste. La difficult&#233; est de l'exprimer le plus fid&#232;lement possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Y aura t -il une suite au Fils du pauvre ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas impossible... Mais avant, je publierai tr&#232;s certainement un ouvrage illustr&#233; par Brouty, gerbe de sc&#232;nes de la vie kabyle : une r&#233;union publique, la fontaine du village, le march&#233;, le retour des voyageurs de France, etc. Ce livre s'ach&#232;vera sur des contes kabyles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quand &#233;crivez-vous ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je consacre ma journ&#233;e &#224; ma tache professionnelle. J'&#233;cris mes livres la nuit et les jours de cong&#233;. Je noircis presque tous les jours de trois &#224; quatre pages, sauf quand l'inspiration me fuit. Dans ce cas, je n'insiste pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Travaillez-vous d'apr&#232;s un plan ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je commence par &#233;tablir une grossi&#232;re &#233;bauche du livre, et c'est en &#233;crivant que j'ordonne mon r&#233;cit. En gros, je sais o&#249; je vais. Mais au fur et &#224; mesure qu'avance le travail, surviennent des sc&#232;nes et des situations que je n'avais pas pr&#233;vues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelle attitude prenez-vous &#224; l'&#233;gard de vos personnages ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me mets honn&#234;tement &#224; leur place. Je les sollicite. Et, finalement, ce sont les personnages qui me disent ce que je dois &#233;crire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quels livres aimez-vous ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai beaucoup lu, et de tout. Je suis aujourd'hui plus exigent que je ne l'&#233;tais hier. Je go&#251;te les livres vraiment humains, ceux o&#249; l'&#233;crivain a essay&#233; d'interpr&#233;ter l'homme dans toute sa pl&#233;nitude. Car l'homme n'est ni franchement bon, ni franchement mauvais. L'&#233;crivain, voyez-vous, n'a pas le droit de parler des hommes &#224; la l&#233;g&#232;re. N'&#234;tes-vous pas de mon avis ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nedjma &#169;&#65039; Touts Droits R&#233;serv&#233;s&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Extraits d'un entretien paru en 1953. Propos recueillis par Maurice Monnoyer &lt;br class='autobr' /&gt;
Publi&#233;s dans &#034;L'Effort alg&#233;rien&#034; du 27 f&#233;vrier 1953.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>Hommage de Djaout &#224; Mouloud Feraoun</title>
		<link>https://www.nedjma.org/Hommage-de-Djaout-a-Mouloud-Feraoun</link>
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		<dc:date>2025-10-19T15:35:10Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nedjma Institute</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;C'est l&#224; que Mouloud Feraoun repose &#224; c&#244;t&#233; d'autres morts de son village. Quelques uns des mod&#232;les de &#171; La Terre et le sang &#187; ou des &#171; Chemins qui montent &#187; vaquent encore &#224; leurs affaires &#224; des dizaines de m&#232;tres de l&#224;, o&#249; s'empoignent en d'inexorables parties de dominos dans un caf&#233; proche.Un caf&#233; tapiss&#233; de posters multicolores qui fixent dans une intenable promiscuit&#233; les chanteurs et les vedettes sportives qui faisaient ou font la gloire de la Kabylie. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mouloud Feraoun se distingue par (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.nedjma.org/-Litterature-" rel="directory"&gt;Litt&#233;rature &lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;C'est l&#224; que Mouloud Feraoun repose &#224; c&#244;t&#233; d'autres morts de son village. Quelques uns des mod&#232;les de &#171; La Terre et le sang &#187; ou des &#171; Chemins qui montent &#187; vaquent encore &#224; leurs affaires &#224; des dizaines de m&#232;tres de l&#224;, o&#249; s'empoignent en d'inexorables parties de dominos dans un caf&#233; proche.Un caf&#233; tapiss&#233; de posters multicolores qui fixent dans une intenable promiscuit&#233; les chanteurs et les vedettes sportives qui faisaient ou font la gloire de la Kabylie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mouloud Feraoun se distingue par bien peu de choses des villageois au milieu desquels il vivait. Ceux-ci vous ouvrent leurs portes et leurs souvenirs avec cette hospitalit&#233; campagnarde qui n'est pas d&#233;nu&#233;e de m&#233;fiance. Ils sont tout de m&#234;me un peu g&#234;n&#233;s par cette th&#233;orie de gens inconnus, universitaires, journalistes ou simples curieux, qui viennent enqu&#234;ter avec tant de s&#233;rieux, qui viennent perturber la paix et la discr&#233;tion d'un de leurs plus modestes concitoyens. Feraoun leur avait donc cach&#233; quelque chose, lui qui avait pourtant l'air en tous points semblables aux autres ? Il les avait donc jou&#233;s ?. Lors d'un passage &#224; Tizi-Hibel en 1982, nous avons recueilli le t&#233;moignage d'un enseignant qui avait &#233;t&#233; en contact quotidien avec Mouloud Feraoun de &#171; 1919 &#224; 1927, c'est-&#224;-dire la partie de sa vie d&#233;crite dans &#171; Le Fils du pauvre &#187; &#187;. Ce t&#233;moignage nous aide &#224; comprendre ce premier roman qui fonde en 1950 la litt&#233;rature alg&#233;rienne contemporaine, ce roman que Feraoun a &#233;crit presque pour s'amender, pour s'excuser de la chance qui lui a &#233;t&#233; donn&#233;e de s'arracher &#224; la mis&#232;re et de pouvoir s'exprimer au grand jour. Voici le t&#233;moignage de l'enseignant : &#171; Mouloud venait me r&#233;veiller le matin, on buvait du lait de ch&#232;vre, puis on partait &#224; l'&#233;cole. C'&#233;tait un enfant tr&#232;s doux, tr&#232;s calme, il ne jouait jamais, m&#234;me pas durant les r&#233;cr&#233;ations. Il allait &#224; l'&#233;cole pieds nus quelle que soit la saison. Toujours premier de la classe, il &#233;tait ind&#233;tr&#244;nable. La seule mati&#232;re o&#249; il ne brillait pas, c'&#233;tait le dessin. Je l'aidais parfois &#224; faire un dessin et lui m'aidait en calcul. Il &#233;tait maigriot, tr&#232;s p&#226;le, mais il &#233;tait tellement fort dans les &#233;tudes que le ma&#238;tre &#233;vitait de l'interroger. Admis au C.E.P. en 1925 &#224; Larba Nath Irathen, Feraoun et moi avions d&#233;croch&#233; en 1927 la bourse des cours compl&#233;mentaires. Lui avait la bourse enti&#232;re parce que son p&#232;re ne poss&#233;dait rien ; moi, je n'ai pu avoir qu'une bourse partielle et c'est pourquoi j'ai interrompu les &#233;tudes &#187;. C'est dans ce monde de l'enfance d&#233;munie et rude que &#171; Le Fils du pauvre &#187; nous introduit. R&#233;dig&#233; entre 1939 et 1948, le livre parut en 1950 &#224; compte d'auteur aux Cahiers du Nouvel Humanisme (Le Puy). Les mille exemplaires du premier tirage se vendirent assez vite et le roman est r&#233;&#233;dit&#233; au Seuil en janvier 1954 avec quelques modifications : la troisi&#232;me partie de l'&#233;dition de 1950 dispara&#238;t, remplac&#233;e par un chapitre de conclusion r&#233;dig&#233; par Feraoun en 1953. Que repr&#233;sente Mouloud Feraoun pour un lecteur maghr&#233;bin d'aujourd'hui ? Il est int&#233;ressant de tester le cheminement de l'&#339;uvre d'un &#233;crivain qui a jou&#233; un r&#244;le primordial en ces ann&#233;es 50 o&#249; il a grandement contribu&#233; &#224; faire conna&#238;tre au monde les dures conditions de vie de ses compatriotes. Mouloud Feraoun &#233;tait jusqu'&#224; il y a une vingtaine d'ann&#233;es, l'&#233;crivain le plus fr&#233;quent&#233; par les &#233;coliers d'Alg&#233;rie &#8211; et peut-&#234;tre de tout le Maghreb. &#171; Le Fils du pauvre &#187; demeure, malgr&#233; quelques rides grav&#233;es par les ann&#233;es, l'un des livres les plus attachants et les plus vrais de la litt&#233;rature maghr&#233;bine. L'&#339;uvre de Mouloud Feraoun a toujours eu ses d&#233;tracteurs, mais aussi des d&#233;fenseurs convaincus. M&#234;me des &#233;crivains beaucoup plus &#171; violents &#187; que l'auteur des &#171; Chemins qui montent &#187;, tels le Marocain Driss Chraibi, se sont manifest&#233;s &#224; l'occasion pour souligner la valeur de l'&#339;uvre et la probit&#233; de l'auteur. Paradoxalement, les reproches adress&#233;s &#224; Feraoun de son vivant et d&#232;s le d&#233;but de sa carri&#232;re, sont les m&#234;mes que certains exhibent aujourd'hui encore, comme si les outils de la critique n'avaient pas &#233;volu&#233; depuis et comme si le contexte socio-politique et culturel de l'Alg&#233;rie, &#233;tait demeur&#233; immuable. Le plus tenace des griefs s'attache au cachet trop r&#233;gionaliste que d'aucuns d&#233;c&#232;lent dans l'&#339;uvre. Mouloud Feraoun &#233;crivain r&#233;gionaliste ? Ce qui circonscrit un &#233;crivain et d&#233;termine sa dimension, c'est beaucoup moins l'aire o&#249; &#233;voluent ses personnages que la profondeur et la v&#233;racit&#233; de ceux-ci. S'&#233;tant jur&#233; d'&#233;crire une oeuvre r&#233;aliste et populiste (ce dernier terme n'est pas forc&#233;ment p&#233;joratif) notre romancier l'a tout naturellement situ&#233;e par souci de v&#233;rit&#233;, dans sa Kabylie natale, r&#233;gion d'Alg&#233;rie qui lui est la plus famili&#232;re. Le rapport de Jean Giono &#224; la Haute Provence, celui de William Faulkner au Mississipi, celui de James Joyce &#224; Dublin ou celui de John Steinbeck &#224; Salines n'ont jamais fait de ces &#233;crivains des &#233;crivains r&#233;gionalistes. Mais ce qui a longtemps caract&#233;ris&#233; la critique en Alg&#233;rie &#8211; aussi bien la critique universitaire que la critique journalistique &#8211; c'est sa subordination &#224; l'id&#233;ologie du pouvoir dont l'une des hantises opini&#226;tres est celle de l'unit&#233; nationale. On ne peut pas s'enraciner impun&#233;ment dans une r&#233;gion donn&#233;e &#8211; surtout quant cette r&#233;gion est la Kabylie. Il est toutefois ind&#233;niable que la c&#244;te de Mouloud Feraoun a aussi baiss&#233; ces deux derni&#232;res d&#233;cennies pour des raisons objectives qui sont essentiellement au nombre de deux :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) La mort l'a emp&#234;ch&#233; d'approfondir son oeuvre et de lui trouver des axes neufs comme Mohammed Dib, par exemple, l'a fait apr&#232;s l'ind&#233;pendance de l'Alg&#233;rie ; 2) Il est apparu dans le champ de la litt&#233;rature maghr&#233;bine des th&#232;mes et des styles (Mourad Bourboune, Nabil Far&#232;s, Rachid Mimouni, Mohammed Khair-Eddine, Abdellatif La&#226;bi, Abdelkebir Khatibi, etc.) plus adapt&#233;s aux r&#233;alit&#233;s et aux interrogations du lecteur maghr&#233;bin. Le Journal, derni&#232;re oeuvre &#233;labor&#233;e par Mouloud Feraoun, laisse appara&#238;tre toutes les &#233;nergies cr&#233;atrices, la puissance du t&#233;moignage et la ressource d'&#233;criture que le romancier-conteur mort &#224; 49 ans aurait pu investir dans les travaux litt&#233;raires ult&#233;rieurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, Mouloud Feraoun restera pour les &#233;crivains du Maghreb, un a&#238;n&#233; attachant et respect&#233;, un de ceux qui ont ouvert &#224; la litt&#233;rature nord-africaine l'aire internationale o&#249; elle ne tardera pas &#224; inscrire ses lettres de noblesse. Durant la guerre implacable qui ensanglanta la terre d'Alg&#233;rie, Mouloud Feraoun a port&#233; aux yeux du monde, &#224; l'instar de Mammeri, Dib, Kateb et quelques autres, les profondes souffrances et les espoirs tenaces de son peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce que son t&#233;moignage a refus&#233; d'&#234;tre manich&#233;iste, d'aucun y ont vu un t&#233;moignage h&#233;sitant ou timor&#233;. C'est en r&#233;alit&#233; un t&#233;moignage profond&#233;ment humain et humaniste par son poids de sensibilit&#233;, de scepticisme et de v&#233;rit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est pourquoi, cette oeuvre g&#233;n&#233;reuse et ironique inaugur&#233;e par &#171; Le fils du pauvre &#187; demeurera comme une sorte de balise sur la route tortueuse o&#249; la litt&#233;rature maghr&#233;bine arrache peu &#224; peu le droit &#224; la reconnaissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons &#224; Tizi-Hibel. La djema&#226; dont avait parl&#233; Mouloud Feraoun est toujours la m&#234;me, mais beaucoup de vieilles maisons n'existent plus. Sur l'emplacement de l'ancien pressoir, des d&#233;combres o&#249; l'herbe triomphe. Il a fallu &#224; l'&#233;crivain une ing&#233;niosit&#233; d'acrobate pour donner une certaine ampleur &#224; cette &#171; place des danseurs &#187; grande comme la paume de la main, pour situer des aventures et des drames dans ces ruelles o&#249; n'existe m&#234;me pas assez d'espace pour que deux pens&#233;es se croisent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques personnages du &#171; Fils du pauvre &#187; et de &#171; La Terre et le Sang &#187; sont toujours l&#224;. Mouloud Feraoun, cet homme imbattable au jeu de &#171; tiddas &#187; (sorte de jeu de dames qui consiste &#224; placer trois pions c&#244;te &#224; c&#244;te) &#233;tait un homme au destin historique ? Allons donc. Ils ne s'en laissent pas conter si facilement. Pour la plupart, l'image qu'ils gardent de Feraoun, l'id&#233;e qu'ils se font de lui est celle d'un fils modeste et irr&#233;prochable du village, avec sa ch&#233;chia et son burnous, avec son opini&#226;tret&#233; de Kabyle dur &#224; l'ouvrage. Si Feraoun a &#233;t&#233; grand pour eux, c'est surtout par sa conduite irr&#233;prochable de citoyen de Tizi-Hibel, par ses grandes qualit&#233;s de c&#339;ur. Le reste est litt&#233;rature&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Tahar DJAOUT &lt;br class='autobr' /&gt;
Article paru dans la revue Tiddukla n&#176;14, Et&#233; 1992.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le petit guide du polar alg&#233;rien</title>
		<link>https://www.nedjma.org/Le-petit-guide-du-polar-algerien</link>
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		<dc:date>2025-10-19T13:11:24Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nedjma Institute</dc:creator>



		<description>

-
&lt;a href="https://www.nedjma.org/-Litterature-" rel="directory"&gt;Litt&#233;rature &lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il existe plusieurs types de guides sur l'Alg&#233;rie. Des guides g&#233;ographiques, gastronomiques, artistiques, historiques, et m&#234;me politiques. Lorsque les guides litt&#233;raires seront &#233;crits, il faudra qu'ils r&#233;servent un glorieux chapitre aux intrigues, aux meurtres punis, &#224; la justice r&#233;tablie, aux incorruptibles grincheux et aux explorations urbaines. En bref : au roman policier alg&#233;rien. (1)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le roman policier alg&#233;rien est un genre peu visible en Alg&#233;rie et encore plus au-del&#224;. Les maisons d'&#233;ditions alg&#233;riennes en &#233;ditent peu, les m&#233;dias n'en parlent pas, en d&#233;pit d'un lectorat qui raffole de secrets r&#233;v&#233;l&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Malgr&#233; ce manque de visibilit&#233;, les auteurs ont r&#233;guli&#232;rement produit des fictions criminelles, et ont r&#233;ussi &#224; nourrir le genre. Le polar alg&#233;rien est n&#233; en Alg&#233;rie en 1970 avec la publication par la SNED de quatre romans de Youcef Kader (2), le nom d'emprunt de Roger Vilatimo, un &#233;crivain d'origine catalane qui a beaucoup &#233;crit sous plusieurs pseu&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s ce premier lot, la SNED publiera deux romans policiers suppl&#233;mentaires de Youcef Kader (3), en 1972, suivi de &#034;D. contre-attaque&#034; d'Abdelaziz Lamrani en 1973. Six 'polars' voient donc le jour dans les ann&#233;es 1970. Le roman policier alg&#233;rien est n&#233; (4).&lt;br class='autobr' /&gt;
De 1980 &#224; 1990, le nombre de publications va doubler. On peut en recenser onze (5) dont deux, &#034;Le portrait du disparu&#034; (SNED, 1986) et &#034;Les pirates du d&#233;sert&#034; (SNED, 1986), &#233;crits par Zehira Houfani probablement la premi&#232;re femme auteure du genre en Alg&#233;rie.&lt;br class='autobr' /&gt;
De 1990 &#224; 2000, malgr&#233; les ann&#233;es noires que le pays va connaitre, dix autres romans policiers (6) seront publi&#233;s par des auteurs alg&#233;riens &#233;dit&#233;s par des maisons d'&#233;ditions alg&#233;riennes ou fran&#231;aises. C'est durant cette d&#233;cade que l'on d&#233;couvrira notamment les enqu&#234;tes de l'Inspecteur Llob de Yasmina Khadra.&lt;br class='autobr' /&gt;
De 2000 &#224; 2010, dix-sept (7) seront &#233;dit&#233;s en Alg&#233;rie et en France, dont celui de Francis Zamponi &#034;Mon Colonel&#034; publi&#233; en France, qui sera le premier &#224; parler du massacre de Guelma et de S&#233;tif. De ce roman sera d'ailleurs tir&#233; le film de Laurent Herbiet du m&#234;me titre. A noter aussi durant cette p&#233;riode, la parution du roman de Rahima Karim &#034;Le meurtre de Sonia Za&#239;d&#034;, la deuxi&#232;me alg&#233;rienne &#224; publier un roman policier, d'ailleurs tr&#232;s bien construit.&lt;br class='autobr' /&gt;
De 2010 &#224; nos jours, au moins dix romans policiers alg&#233;riens ont &#233;t&#233; publi&#233;s (8) dont l'excellent thriller de l'auteure Amel Bouchareb, en langue arabe, un des romans policiers les mieux travaill&#233;s et d&#233;velopp&#233;s du genre &#224; ce jour publi&#233;s en Alg&#233;rie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi au total, de 1970 &#224; 2016, on peut compter 36 &#233;crivains (9), auteurs de romans policiers &#233;crits en langues arabe et fran&#231;aise. 55 romans policiers sur quarante-six ans - au moins - c'est-&#224;-dire un peu plus d'un roman policier par an depuis la naissance du genre. Quarante-six ann&#233;es d'existence malgr&#233; les obstacles. Le roman policier DZ maintient sa t&#234;te (litt&#233;raire) haute mais de justesse.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces auteurs ont construit des romans noirs, brutaux et tragiques, autant que des romans moqueurs, au style acerbe, tendu et claquant. Les enqu&#234;tes prennent place sur tout le territoire, &#224; Alger &#224; Oran, &#224; Tamanrasset ou en Kabylie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quelque soient le style ou le genre, tous les auteurs partagent une m&#234;me passion : la r&#233;solution de crimes. Des crimes d'espionnage, de corruptions politiques, m&#233;diatiques, ou des crimes familiaux, avec des investigations conduites par des professionnels ou des amateurs fut&#233;s m&#234;me si non-initi&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le roman policier alg&#233;rien : un genre &#224; promouvoir&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Internationalement parlant, le roman policier se porte tr&#232;s bien. Il est loin d'&#234;tre un genre litt&#233;raire moindre, cette appr&#233;ciation litt&#233;raire condescendante a &#233;t&#233; abandonn&#233;e il y a des ann&#233;es. L'excellent crime fiction &#034;Mon nom est rouge&#034; d'Orhan Pamuk, l'un des plus grands romanciers contemporains turques, laur&#233;at du prix Nobel de litt&#233;rature en 2006, ou la s&#233;rie &#034;Philip Marlowe&#034; &#233;crite par Benjamin Black alias John Banville, l'un des auteurs irlandais les plus importants de la langue anglaise aujourd'hui, illustrent bien la capacit&#233; du roman policier &#224; &#234;tre hautement litt&#233;raire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cr&#233;ativit&#233; des auteurs alg&#233;riens, le mod&#232;le type dont ils s'inspirent, les th&#233;matiques sociales dont ils traitent, &#233;troitement li&#233;es &#224; l'actualit&#233; et au contexte historique, politique, &#233;conomique et social du pays, sont des &#233;l&#233;ments non seulement instructifs mais divertissants, peut &#234;tre m&#234;me th&#233;rapeutiques. Ces romans peuvent certainement servir &#224; informer de nombreuses &#233;tudes litt&#233;raires (10) en plus de nous faire m&#233;diter sur une situation socioculturelle complexe.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si vous pensez que le g&#233;nie litt&#233;raire alg&#233;rien a fait ses valises, d&#233;trompez-vous, il est bien rest&#233; chez nous et il est all&#233; se plonger dans le genre policier chez les auteurs qui le portent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;NOTES&lt;br class='autobr' /&gt;
(1) Le roman policier est compris ici comme une fiction construite autour d'un crime &#224; r&#233;soudre. Pour d&#233;crire le genre, l'appellation crime fiction est beaucoup plus appropri&#233;e que roman policier car la police ne joue pas toujours de r&#244;le dans ce type de romans (enqu&#234;te faite par un non-initi&#233; par exemple). Crime fiction est d'autant plus ad&#233;quat que l'appellation polar a une connotation d&#233;pr&#233;ciative - le mot polar provient de la juxtaposition de pol- (policier) et -ar, un suffixe argotique rendant le terme familier, ce qui distancie le genre d'un corps tr&#232;s litt&#233;raire auquel beaucoup de romans appartiennent. Auteur alg&#233;rien est pris ici au sens large, c'est &#224; dire un auteur n&#233; en Alg&#233;rie ou d'origine alg&#233;rienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(2) &#171; D&#233;livrez la Fidayia ! &#187;, &#171; Halte au plan terreur &#187;, &#171; Pas de &#171; Pantoms &#187; pour Tel-Aviv &#187; et &#171; La Vengeance passe par Ghaza &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
(3) &#171; Les bourreaux meurent aussi... &#187; et &#171; Quand les &#034;Panth&#232;res&#034; attaquent &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(4) Le total qui suit est mon d&#233;compte personnel, je n'ai trouv&#233; que deux romans policiers en langue arabe, et ils sont r&#233;cents. Je reste certaine que d'autres ont &#233;t&#233; publi&#233;s, mais leur existence ne m'est pas encore connue. Il est possible que des romans policiers en Tamazight ait &#233;t&#233; publi&#233;s &#233;galement et me sont &#233;galement inconnus. De m&#234;me pour les romans policiers en lange fran&#231;aise, si vous en connaissez d'autres, n'h&#233;sitez pas &#224; m'en informer !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(5) Pi&#232;ge a Tel-Aviv de Abdelaziz Lamrani (SNED, 1980), Banderilles et muleta de Abahri Larbi (SNED, 1981), Le portrait du disparu de Zehira Houfani (SNED, 1986), Les pirates du d&#233;sert de Zehira Houfani (SNED, 1986), La r&#233;surrection d'Antar de Djamel Dib (ENAL, 1986), La Saga des Djinns de Djamel Dib (1986), Mimouna de Salim A&#239;ssa (ENAL, 1987), Adel s'emm&#234;le de Salim A&#239;ssa (ENAL, 1988), Double Djo pour une muette de Rabah Zeghouda (1988), L'archipel du Stalag de Djamel Dib (ENAL, 1989), Les barons de la p&#233;nurie de Said Sma&#239;l (SNED, 1989).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(6) L'empire des d&#233;mons de Sa&#239;d Sma&#239;l (SNED, 1990), Le dingue au bistouri de Yasmina Khadra (Lamphonic, Alger, 1990), Fredy la rafale de Mohamed Benayat (ENAL, 1991), Double blanc de Yasmina Khadra (Baleine, 1998), La Foire des enfoir&#233;s (Laphomic, 1993), Morituri de Yasmina Khadra (1997), L'Automne des chim&#232;res (Baleine, 1998), Avis d'&#233;ch&#233;ance de Mouloud Akkouche (Gallimard, 1998). Je signale aussi Au nom du fils de Abed Charef (Aube, 1999) et 31 rue de l'aigle de Abdelkader Djema&#239; qui sont des romans construits sur une intrigue criminelle mais ne sont pas des policiers au sens strict du terme, si on cherche une cat&#233;gorie on peut les classer comme m&#233;ta-policiers.&lt;br class='autobr' /&gt;
(7) Mon colonel de Francis Zamponi (Broche 2002), S&#233;rail killer de Lakhdar Belaid (2000), Le passeport de Azouz Begag (Seuil, 2000), L'homme de la premi&#232;re phrase de Salah Guemriche (Rivages, 2000), Le serment des barbares de Boualem Sansal (Gallimard, 2001), Le casse-t&#234;te turc de Adlene Meddi (Barzakh, 2002), Takfir Sentinelle de Lakhdar Bela&#239;d (Gallimard, 2002), Le meurtre de Sonia Za&#239;d de Rahima Karim (Marsa, 2002), A la m&#233;moire du commandant Larbi de Nabil Benali (Barzakh 2002), Meurtres en Sera&#239;l de Abdessemed Charaf (Broche, 2002), Complot &#224; Alger de Ahmed Gasmia (Casbah 2006), Ombre 67 de Ahmed Gasmia (Casbah 2007), Commissaire Krim de YB aka Yassir Benmiloud (Grasset 2008), La pri&#232;re du Maure de Adlene Meddi (Barzakh 2008), Choc des civilisations pour un ascenseur Piazza Vittorio de Amara Lakhous (Europa 2008), Le pouvoir de l'ombre de Mohamed Benayat (Milles Feuilles, 2009) ; dont un m&#233;tapolicier : Le chien de Titanic de Ali Malek (Barzakh 2006).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(8) L'&#233;trangleur d'Alger de Azdine (Apic Noir 2010), Le roman noir d'Ali de Abdelkader Ferchiche (Alpha, 2010), Alger la noire de Maurice Attia (Barzakh, 2012), Intrigue &#224; Sidi Fredj de Khaled Mandi (Mazola, 2012), Querelle pour un petit cochon italianissime &#224; San Salvario de Amara Lakhous (Europa, 2014), Qu'attendent les singes de Yasmina Khadra (Juliard, 2014), &#1606;&#1576;&#1590;&#1575;&#1578; &#1571;&#1582;&#1585; &#1575;&#1604;&#1610;&#1604; de Nassima Bouloufa (Viscera, 2015), &#1587;&#1603;&#1585;&#1575;&#1578; &#1606;&#1580;&#1605;&#1577; de Amel Bouchareb (Chihab, 2015). Autres m&#233;ta-policier : Le rapt de Anouar Benmalek (Fayard, 2011). Je signale le tr&#232;s bon roman de Mohamed Benchicou, La mission (Koukou, 2014), le r&#233;cit d'une investigation o&#249; il y a eu crime mais pas dans le m&#234;me contexte structurel que celui d'un roman policier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(9) Cinq autres auteurs &#233;trangers sont &#224; noter et &#224; lire, dans l'optique d'une appr&#233;ciation des th&#233;matiques li&#233;es &#224; l'Alg&#233;rie et qui apparaissent dans le genre globalement. Ces auteurs &#233;trangers ont &#233;t&#233; en contact avec l'Alg&#233;rie, y ont v&#233;cu pendant une p&#233;riode, et/ou ce sont inspir&#233;s de l'histoire contemporaine alg&#233;rienne pour tisser leurs intrigues : Le Mur, le Kabyle et le Marin d'Antonin Varenne (Viviane Hamy eds, 2009) [Fr], Un baiser sans moustache de Catherine Simon (Gallimard, 1998) [Fr], Le pied rouge de Fran&#231;ois Muratet (Actes Sud, 2002) [Maroc], Meurtres pour m&#233;moire de Didier Daeninckx (Gallimard, 1984) [Fr], et Du vide plein les yeux de J&#233;r&#233;mie Guez (La Tengo, 2013) [Fr].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(10) D'excellentes &#233;tudes ont &#233;t&#233; men&#233;es sur le genre : voir celles de Dr Miloud Benhaimouda Formation du roman policier alg&#233;rien 1962-2002 (2004-2005) et Mythologies du roman policier alg&#233;rien (2008) ; Beate Bechter-Burtscher Le d&#233;veloppement du roman policier alg&#233;rien d'expression fran&#231;aise [entre 1970 et 1998] (1998).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Nadia Ghanem&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

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<item xml:lang="fr">
		<title>La litt&#233;rature Alg&#233;rienne de 1950 &#224; 1956.</title>
		<link>https://www.nedjma.org/La-litterature-Algerienne-de-1950-a-1956</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nedjma Institute</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Ces ann&#233;es sont celles du d&#233;voilement du malaise qui couvait depuis longtemps.La seconde guerre mondiale, la r&#233;pression de mai 1945, la mis&#232;re, la mont&#233;e des nationalit&#233;s ailleurs, l'action des partis nationalistes ailleurs pour une ind&#233;pendance de plus en plus pr&#233;cis&#233;e entra&#238;nant des prises de conscience dans les milieux intellectuelles. Penseurs, lettr&#233;s, essayistes, romanciers s'interrogent et se posent, dans leur ali&#233;nation, le probl&#232;me capital de l'identit&#233; : Qui suis-je ? Colonis&#233;s,ils (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.nedjma.org/-Litterature-" rel="directory"&gt;Litt&#233;rature &lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.nedjma.org/local/cache-vignettes/L150xH52/litterature_1950-1956_1_-10c45.jpg?1778689883' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='52' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ces ann&#233;es sont celles du d&#233;voilement du malaise qui couvait depuis longtemps.La seconde guerre mondiale, la r&#233;pression de mai 1945, la mis&#232;re, la mont&#233;e des nationalit&#233;s ailleurs, l'action des partis nationalistes ailleurs pour une ind&#233;pendance de plus en plus pr&#233;cis&#233;e entra&#238;nant des prises de conscience dans les milieux intellectuelles. Penseurs, lettr&#233;s, essayistes, romanciers s'interrogent et se posent, dans leur ali&#233;nation, le probl&#232;me capital de l'identit&#233; : Qui suis-je ? Colonis&#233;s,ils se rendent compte qu'ils ne sont pas respect&#233;s dans leur dignit&#233; d'hommes.Ils vont d&#233;voiler ce drame et le conflit de civilisation.Il ne s'agit plus maintenant de rester soi-m&#234;me, mais de revendiquer explicitement un nom, une patrie,bref d'&#234;tre reconnu, &#224; part enti&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La litt&#233;rature alg&#233;rienne de langue fran&#231;aise na&#238;t vraiment &#224; cette date, presque comme une g&#233;n&#233;ration spontan&#233;e, en qualit&#233;. Le Fils du pauvre de Mouloud Feraoun parait &#224; compte d'auteur en 1950. Les premiers auteurs &#233;crivent d'abord dans les revues culturelles et litt&#233;raires lanc&#233;es par les Fran&#231;ais, comme nous l'avons vu durant ces ann&#233;es 50, puis vont s'en s&#233;parer peu &#224; peu, tout en gardant de solides amiti&#233;s avec des &#233;crivains fran&#231;ais. La litt&#233;rature alg&#233;rienne va conqu&#233;rir un public europ&#233;en mais en faisant entendre un langage nouveau, donnant une image diff&#233;rente de celle qui avait &#233;t&#233; peinte des Alg&#233;riens par les romanciers de l'&#233;poque coloniale et de l'&#201;cole d'Alger.&#034;L'&#201;ternel Jugurtha&#034; s'affirmait dans sa dignit&#233; et son langage en d&#233;concertait beaucoup. Les leaders nationalistes publient de petites brochures et des manifestes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un essayiste autocritique, Malek Bennabi, fait paraitre en 1954 un ouvrage qui rend un son nouveau, Vocation de l'islam, Mais le 1 er novembre 1954, l'heure n'&#233;tait plus &#224; la reforme de l'homme&#034;post-almohadien&#034; ( Bennabi ), elle &#233;tait aux armes, En cette ann&#233;e 1954, Nadir Bouzar faisait para&#238;tre un volent pamphlet contre la France ; J'ai cru en la France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s 1950, d'un bout &#224; l'autre du Maghreb apparaissent les romans de Feraoun, Dib, Mammeri, Memmi, Chraibi,Sefrioui...M&#233;contents de l'image donn&#233;e de leur soci&#233;t&#233; par les &#034;autres&#034;, ils entendent parler en clair et en v&#233;rit&#233; d'eux-m&#234;me et des leurs. Ils parlent de leur malaise et du malentendu mais d&#233;noncent aussi les coutumes surann&#233;es, les scl&#233;rose internes, les conflits de g&#233;n&#233;rations. Ils remettent en question de vielles valeurs. Leurs romans sont souvent en grande partie autobiographiques, posant des questions sur la conjoncture, sur eux-m&#234;me, leur familles, leurs soci&#233;t&#233;s : Pourquoi sommes-nous ainsi domin&#233;s ? A qui la faute ? Qu'avons-nous fait pour vivre ainsi ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;JEAN DEJEUX&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>La litt&#233;rature alg&#233;rienne de Mouloud Feraoun</title>
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&lt;p&gt;Il y a quelques ann&#233;es la critique saluait.comme la naissance d'un printemps timide, l'&#233;closion d'une certaine litt&#233;rature alg&#233;rienne qui fut re&#231;ue en France avec cet int&#233;r&#234;t anxieux que suscitent, dans les moments difficiles,des messagers authentiques.Pour la premi&#232;re fois, une certaine Alg&#233;rie faisait entendre sa voix , une voix qui ne triomphait pas, un langage qui venait du c&#339;ur et empoignait les c&#339;urs. Quelques &#233;crivains musulmans de naissance et de tradition, b&#233;n&#233;ficiant d'un accueil (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.nedjma.org/-Litterature-" rel="directory"&gt;Litt&#233;rature &lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il y a quelques ann&#233;es la critique saluait.comme la naissance d'un printemps timide, l'&#233;closion d'une certaine litt&#233;rature alg&#233;rienne qui fut re&#231;ue en France avec cet int&#233;r&#234;t anxieux que suscitent, dans les moments difficiles,des messagers authentiques.Pour la premi&#232;re fois, une certaine Alg&#233;rie faisait entendre sa voix , une voix qui ne triomphait pas, un langage qui venait du c&#339;ur et empoignait les c&#339;urs. Quelques &#233;crivains musulmans de naissance et de tradition, b&#233;n&#233;ficiant d'un accueil chaleureux, s'installaient de plein pied dans la litt&#233;rature fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; vient cet int&#233;r&#234;t et, aussi, pourquoi cette floraison de bon augure ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le drame cruel qui nous d&#233;chire depuis de longs mois, il pourrait sembler pu&#233;ril et vain de se poser de telles questions alors que l'unique probl&#232;me qui doit tous nous pr&#233;occuper est celui de notre commune angoisse, de nos deuils communs, Condamn&#233; &#224; un douloureux mutisme, au cours d'un tragique affrontement, nous croyons cependant que l'&#233;crivain peut jeter un regard en arri&#232;re pour tenter de d&#233;couvrir, dans un pass&#233; plus serein, les promesses d'un avenir fraternel qu'il a voulu aider &#224; pr&#233;parer ; ne serait ce que pour se justifier pour d&#233;clarer sans rougir qu'il n'a pas failli &#224; sa tache, en m&#234;me temps qu'il redit son espoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'int&#233;r&#234;t vient, sans doute, de ce que l'on &#233;tait pr&#234;t &#224; nous entendre et qu'on attendait de nous des t&#233;moignages sinc&#232;res ; la floraison s'explique par notre imp&#233;rieux besoin de t&#233;moigner sinc&#232;rement, enti&#232;rement, de saisir notre r&#233;alit&#233; sur le vif et dans tous ses aspects afin de dissiper des malentendus tenaces et de priver les consciences tranquilles de l'excuse de l'ignorance.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Mouloud Feraoun&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>Mouloud Feraoun in La terre et le sang</title>
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&lt;p&gt;C'est moins la crainte de l'avenir qu'une certaine d&#233;ception qui fait parler Amer. Il ne comprend pas que sa dame soit si heureuse car tout lui semble vieilli, d&#233;laiss&#233; et enlaidi. Bien qu'il se f&#251;t souvent repr&#233;sent&#233;, en France, son village, ses gens et ses champs,sous leur aspect le moins engageant, il reconna&#238;t maintenant que son imagination n'avait pas os&#233; aller jusqu'&#224; la r&#233;alit&#233;.Ou bien alors, a-t-il pris d&#233;s yeux neufs ? Un regard plus s&#233;v&#232;re ? Pourquoi, dans ce cas, la Fran&#231;aise (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;C'est moins la crainte de l'avenir qu'une certaine d&#233;ception qui fait parler Amer. Il ne comprend pas que sa dame soit si heureuse car tout lui semble vieilli, d&#233;laiss&#233; et enlaidi. Bien qu'il se f&#251;t souvent repr&#233;sent&#233;, en France, son village, ses gens et ses champs,sous leur aspect le moins engageant, il reconna&#238;t maintenant que son imagination n'avait pas os&#233; aller jusqu'&#224; la r&#233;alit&#233;.Ou bien alors, a-t-il pris d&#233;s yeux neufs ? Un regard plus s&#233;v&#232;re ? Pourquoi, dans ce cas, la Fran&#231;aise verrait-elle autrement ? En bonne logique, elle devrait &#234;tre d&#233;&#231;ue &#224; faire piti&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La v&#233;rit&#233;, pourtant, c'est que le pays n'a pas chang&#233;. Seulement le regard d'Amer n'est plus un regard d'enfant.A pr&#233;sent, les gens et les choses n'ont plus ce halo id&#233;al dont les enveloppait l'enfance, cette esp&#232;ce de cellophane brillante qui embellit les paquets : il voit les rugosit&#233;s, les rides, les f&#234;lures. Le sentier, tout mang&#233; de broussailles, est devenu ridicule. Le grand ch&#234;ne, qu'il s'imaginait colossal et auquel il pensait chaque fois qu'il rencontrait un grand arbre en France, ne m&#233;rite aucun respect : il est l&#224;, &#224; l'attendre depuis quinze ans avec son feuillage poussi&#233;reux et clairsem&#233;, son allure de vieillard efflanqu&#233; qui n'a rien de majestueux. Les figuiers ont vieilli mais pas grandi. &#199;a et l&#224;, des moignons secs, des rameaux tordus, un jeune arbre mutil&#233; par des animaux. Un champ en d&#233;tresse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il sent cela.L&#224; encore, c'est un reproche. Oui, Madame a raison. Il vaut mieux s'en aller. N'emp&#234;che ! il est bien pris maintenant.Le d&#233;dain, ni la d&#233;ception ne serviront de rien. Il est homme dans ce pays qui l'a connu enfant&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Mouloud Feraoun &lt;br class='autobr' /&gt;
La terre et le sang&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>Hommage de Rachid Boudjedra &#224; Tahar Djaout</title>
		<link>https://www.nedjma.org/Hommage-de-Rachid-Boudjedra-a-Tahar-Djaout</link>
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		<dc:creator>Nedjma Institute</dc:creator>



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&lt;a href="https://www.nedjma.org/-Litterature-" rel="directory"&gt;Litt&#233;rature &lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Je connaissais Tahar avant de l'avoir rencontr&#233;. Au printemps 1971, Beyrouth vivait dans l'opulence, l'intelligence et l'insouciance. Cela n'allait pas durer ! A cette &#233;poque, je s&#233;journais dans cette ville o&#249; &#233;tait &#233;dit&#233;e la meilleure revue arabe consacr&#233;e &#224; la litt&#233;rature. Il s'agissait de Mawakaf que dirigeait le grand po&#232;te Adonis et dont j'&#233;tais un des membres du comit&#233; de r&#233;daction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Adonis me demanda un jour de traduire quelques jeunes po&#232;tes alg&#233;riens de langue fran&#231;aise, pour la revue. Sans h&#233;siter, je choisis Djaout qui me semblait le meilleur. De loin ! Plus tard, Djaout devint le talentueux romancier que l'on sait. Son assassinat barbare par les int&#233;gristes islamistes, ce 20 mai 93, transforma sa vie en destin et sa litt&#233;rature en profession de foi esth&#233;tique. Je l'avais donc traduit en arabe alors qu'il n'avait pas dix-huit ans. C'&#233;tait la premi&#232;re fois et la derni&#232;re fois qu'on le faisait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai eu cette intuition et cet honneur alors qu'il &#233;tait encore &#233;tudiant en math&#233;matiques et totalement inconnu. Tahar est n&#233; dans la guerre d'Alg&#233;rie (1954), il est mort dans l'horreur int&#233;griste (1993). Tout un destin. Tout un malheur o&#249; seuls les livres qu'il avait &#233;crits &#233;taient de superbes parenth&#232;ses de bonheur. Math&#233;maticien de formation, Djaout avait choisi d'&#233;crire de toutes les mani&#232;res et de toutes les fa&#231;ons. Ainsi il devint journaliste et se consacra exclusivement &#224; la critique d'art par go&#251;t et par passion de l'&#233;crit. A cette &#233;poque, il n'y avait pas de journaux ind&#233;pendants et il travailla &#224; El Moudjahid. Puis &#224; Alg&#233;rie-Actualit&#233;, journaux d'&#201;tat, bien s&#251;r ! C'est sur ce point que certains intellectuels flous et malhonn&#234;tes, tant alg&#233;riens que fran&#231;ais, ont fait planer le doute sur l'honn&#234;tet&#233; et l'int&#233;grit&#233; de Tahar Djaout, apr&#232;s son assassinat, l'accusant d'avoir collabor&#233; avec le pouvoir et justifiant, par voie de cons&#233;quence, son assassinat par les terroristes int&#233;gristes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le ver &#233;tait dans le fruit. Le mal &#233;tait fait. La suspicion install&#233;e d'une fa&#231;on perverse et anodine, &#224; l'encontre de l'&#233;crivain. Tahar Djaout n'a jamais collabor&#233; avec le pouvoir. Il a simplement travaill&#233; comme critique d'art dans un journal &#233;tatique &#224; une &#233;poque o&#249; il n'y avait pas d'autre choix. D&#232;s que cela fut possible, il fonda avec quelques amis l'hebdomadaire Ruptures dont le titre est &#224; lui seul tout un programme, et auquel j'ai collabor&#233; pendant sa courte existence qui s'arr&#234;ta le jour o&#249; un ignoble fanatique logea deux balles dans la t&#234;te de l'&#233;crivain, au moment o&#249; il allait d&#233;poser ses deux fillettes devant leur &#233;cole. La barbarie n'a pas d'&#233;tats d'&#226;me... S'il faut parler de la vie et de la mort de Tahar Djaout et des autres victimes du terrorisme tels le dramaturge Abdelkader Alloula et les &#233;crivains Laadi Flici, Yousef Sebti et Merzak Bagtache ; tel le libraire pied-noir Joaquim Grau qui tenait la plus belle et la plus prestigieuse librairie d'Alger ; ou tels ces trente-cinq journalistes ; cela ne devrait pas se faire par &#224;-coups, par bribes ou par recoupements, mais d'une fa&#231;on globale et m&#233;thodique, sinon l'histoire serait fallacieuse et vicelarde. Pendant que les planqu&#233;s de l'intellect coulaient des jours tranquilles sur les bords de Seine, Tahar Djaout et ses amis assassin&#233;s trimaient, survivaient et produisaient vaille que vaille dans leur pays, loin des ors et des honneurs, dans la solitude et la d&#233;tresse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire retiendra que Djaout est n&#233; pauvre et qu'il est mort pauvre, locataire d'un petit appartement dans une cit&#233; populaire de la banlieue d'Alger. Il a v&#233;cu proprement et a &#233;crit avec un r&#233;el bonheur et un &#233;norme talent. C'&#233;tait un pur. Son pr&#233;nom veut dire cela, en arabe, rien que cela ! Mais voil&#224; qu'on vient de l'assassiner une deuxi&#232;me fois, cette fois-ci, en France, &#224; Paris, le jour du premier anniversaire de sa mort. Arte devait lui consacrer un hommage. J'&#233;tais &#224; Paris. C'&#233;tait le 20 mai 1994.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;tais impatient de regarder cette &#233;mission. Ce fut en fait une ex&#233;cution ; une deuxi&#232;me mort. On donna la parole &#224; un pseudo-romancier alg&#233;rien apparatchik du FLN jusqu'en 1992, qui justifia lui aussi le crime dont Tahar Djaout a &#233;t&#233; la victime et laissa couler son venin et sa haine contre lui, l'accusant de collaboration avec la France et lui reprochant d'&#233;crire en fran&#231;ais. Je n'ai pu dormir cette nuit-l&#224;. Le lendemain matin je pris le premier avion pour Alger. J'&#233;tais &#224; la fois &#233;c&#339;ur&#233; et &#233;pouvant&#233;. O&#249; se trouvaient les hauts fonctionnaires de la francophonie ce soir-l&#224; ? Le soir de la deuxi&#232;me mort de Tahar Djaout ! Est-ce ainsi que les m&#233;dias fran&#231;ais vivent ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Rachid Boudjedra&lt;br class='autobr' /&gt;
Lettres alg&#233;riennes&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Vingt ans apr&#232;s de Kateb Yacine</title>
		<link>https://www.nedjma.org/Vingt-ans-apres-de-Kateb-Yacine</link>
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		<dc:creator>Nedjma Institute</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Le village&#8221;pendant la guerre, fut entour&#233; de barbel&#233;s. Pour l'homme de la montagne et des hauts-plateaux, les habitants de S&#233;drata, ce sont &#171; les gens du fil de fer &#187;. Il a pour eux tout le m&#233;pris du loup pour le chien. Il ne mange pas &#224; sa main, mais il se sent libre. Ce qui le rend d'autant plus fier, d'autant plus ombrageux. Nul ne s'attache plus que lui aux tradi- tions, aux m&#339;urs et aux coutumes. C'est son d&#233;fi aux temps modernes qui ne p&#233;n&#232;trent dans les campagnes que par bonds (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.nedjma.org/-Litterature-" rel="directory"&gt;Litt&#233;rature &lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.nedjma.org/local/cache-vignettes/L106xH150/kateb_yacine_family__souk_ahras_1940s-ff3a8.jpg?1778689883' class='spip_logo spip_logo_right' width='106' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le village&#8221;pendant la guerre, fut entour&#233; de barbel&#233;s. Pour l'homme de la montagne et des hauts-plateaux, les habitants de S&#233;drata, ce sont &#171; les gens du fil de fer &#187;. Il a pour eux tout le m&#233;pris du loup pour le chien. Il ne mange pas &#224; sa main, mais il se sent libre. Ce qui le rend d'autant plus fier, d'autant plus ombrageux. Nul ne s'attache plus que lui aux tradi- tions, aux m&#339;urs et aux coutumes. C'est son d&#233;fi aux temps modernes qui ne p&#233;n&#232;trent dans les campagnes que par bonds impr&#233;vus, comme le transistor autour duquel on se rassemble, &#224; la lueur d'une lampe &#224; p&#233;trole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De cette fa&#231;on, le monde ext&#233;rieur est &#224; la fois re&#231;u et tenu en respect dans l'ambiance ancestrale. Imaginez, par exemple, une femme en pantalon qui entre dans un bain maure. Enti&#232;rement v&#234;tue &#224; l'Europ&#233;enne, elle s'est coiff&#233;e d'un bonnet d'astrakan. &#192; son entr&#233;e, les femmes fuient. On l'a prise pour un jeune homme, elle &#233;clate de rire et &#244;te son bonnet, lib&#233;rant ses longs cheveux noirs. Les paysannes qui sont au-bain, vite remises de leur confusion, se montrent indign&#233;es, elles somment &#171; la fille-du- fil-de-fer &#187; de ne plus s'habiller comme un homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une bonne occasion de lui faire essayer plus d'une robe couleur locale, avec des cris d'admiration farouche, cat&#233;gorique n'est-elle pas plus belle ainsi ? J'&#233;cris ces lignes &#224; S&#233;drata, sur la tombe de mon fr&#232;re a&#238;n&#233; Belghith, mort de nostalgie, &#224; l'&#226;ge de deux ans. Brusquement r&#233;pudi&#233;e apr&#232;s une querelle, ma m&#232;re ne revint que pour les derniers jours de son premier enfant. Belghith, ainsi nomm&#233; d'apr&#232;s le saint de S&#233;drata, &#233;tait alors son fils unique &#8212; mon p&#232;re ayant d&#233;j&#224; une fille, Hadjira, n&#233;e d'un premier mariage &#224; Constantine et rest&#233;e chez sa m&#232;re apr&#232;s le divorce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques heures apr&#232;s le d&#233;part de ma m&#232;re, Belghith la r&#233;clama, pleura toute la nuit, toutes les nuits suivantes. Il refusait toute nourriture. Mon p&#232;re d&#233;sesp&#233;r&#233; aurait sans doute voulu sauter dans une voiture et ramener ma m&#232;re. Il n'en eut pas le temps. Belghith mourut dans les bras de ma m&#232;re qui repartit chez ses parents dans la m&#234;me ann&#233;e, apr&#232;s une autre brouille, enceinte d'un autre enfant : je vis le jour &#224; Constantine, chez la tante Khadoudja, qui fit venir les musi- ciens, au septi&#232;me jour de ma naissance. Je suis bien n&#233; &#224; Constantine, on ne sait trop quel jour de juillet ou d'ao&#251;t, mais mon grand-p&#232;re maternel, bach adel &#224; Cond&#233;-Smendou, m'inscrivit &#224; l'&#233;tat civil de ce village du Nord-Constantinois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque Belghith agonisait, mon p&#232;re qui l'avait vu sourire aux hirondelles, les fit peindre au plafond. Plus tard, quand ma m&#232;re d&#233;lira, elle parla aux oiseaux, et leur attribua un pouvoir mal&#233;fique. IL s'arr&#234;ta encore, et la reprit par les deux bras. Il y eut une autre averse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le visage ruisselant, elle sembla parler longue- ment dans le vide. Beaucoup avaient &#233;crit leurs noms apr&#232;s la m&#234;me halte pensive ou tapageuse, et plong&#233; avec leur mys- t&#232;re dans le gouffre o&#249; le fleuve &#224; sec n'avait laiss&#233; qu'un sou- venir de cascade souterraine, et lui, que faisait-il, pench&#233; sur le Rhummel ? Il affrontait une autre mort, il luttait contre celle qui l'avait nourri, mais n'avait pu le voir grandir, sinon comme grandissent les enfants malheureux, en secret, &#224; l'aveu- glette, l'avait tout juste soutenu, alors qu'il d&#233;ployait ses ailes, impatient de s'en aller, sans m&#234;me avoir conscience d'une s&#233;paration, car il ne partait pas, il s'envolait comme l'hiron- delle, comme la cigogne, comme l'oiseau des nostalgies, mais le vent avait _emport&#233; le nid de son enfance, et c'&#233;tait le Rhummel aba&#239;donn&#233; si au fond des gorges, c'&#233;tait le vieux Rhummel qui devenait son soupirail.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Kateb Yacine&lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#339;uvre en fragments&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Curieux comportement des critiques fran&#231;ais et europ&#233;ens.</title>
		<link>https://www.nedjma.org/Curieux-comportement-des-critiques-francais-et-europeens</link>
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		<dc:date>2025-10-13T01:50:07Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nedjma Institute</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Mohammed Dib&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.nedjma.org/-Litterature-" rel="directory"&gt;Litt&#233;rature &lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Curieux comportement des critiques fran&#231;ais et europ&#233;ens en g&#233;n&#233;ral &#224; l'&#233;gard de nos livres :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Curieux comportement des critiques fran&#231;ais et europ&#233;ens en g&#233;n&#233;ral &#224; l'&#233;gard de nos livres. Ils ne jugent jamais en toute innocence l'&#339;uvre d'un homme qui &#233;crit, mais d'un Maghr&#233;bin, lequel doit justifier &#224; chaque ligne sa condition maghr&#233;bine, condition &#224; laquelle on le ram&#232;ne sans cesse, par tous les d&#233;tours du raisonnement, et par tous les moyens et dans laquelle on l'enferme &#224; la fin aussi s&#251;rement et d&#233;finitivement que possible. L'&#233;crivain maghr&#233;bin &#224; leurs yeux est d'abord et sp&#233;cifiquement maghr&#233;bin, puis ensuite, et accessoirement en quelque sorte, en tout cas tr&#232;s peu sp&#233;cifiquement, &#233;crivain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contre toute apparence, ces critiques posent sur l'&#233;crivain maghr&#233;bin un regard qui &#233;loigne, qui s&#233;pare, qui verrouille, et condamne &#224; la sp&#233;cificit&#233; sans recours, sans issue. Ce genre de comportement ne vous rappelle-t-il rien ? Si cela vous rappelle quelque chose, il faudrait dire &#224; leur d&#233;charge que, pris en tant qu'individu, ils semblent certainement innocents pour la plupart, c'est leur pens&#233;e qui n'est pas innocente. Je ne parle pas de ceux qui ne poss&#232;dent qu'une grossi&#232;re culture, estimant qu'elle leur suffit largement tant qu'il s'agit de parler d'auteurs maghr&#233;bins et qu'ils peuvent y aller sans crainte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y a aussi une mani&#232;re tr&#232;s savante d'enfermer une &#339;uvre sur elle-m&#234;me, de la transformer en sa propre prison. Cette m&#233;thode en faveur pr&#232;s d'une critique actuelle aboutirait en l'occurrence (appliqu&#233;e aux auteurs maghr&#233;bins) en fait &#224; enfermer l'auteur sur lui-m&#234;me, &#224; le transformer lui-m&#234;me en sa propre prison et par une g&#233;n&#233;ralisation implicite (et m&#234;me explicite) &#224; &#233;tendre cela &#224; la soci&#233;t&#233; et &#224; la culture dont il est issu, et ainsi de suite de proche en proche (sans que cette critique ait sans doute vis&#233; un tel but express&#233;ment, ou du moins consciemment).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux qui se plaisent &#224; classer les &#339;uvres des auteurs maghr&#233;bins dans des cat&#233;gories marginales, comment ne se rendent-ils pas compte que, plac&#233;e dans le contexte mondial, c'est la litt&#233;rature produite par l'Europe, c'est la pens&#233;e de l'Europe qui sont marginales ? A ceux-l&#224; s'applique le proverbe : il n'est pire sourd&#8230; o&#249; &#224; sourd il faudrait ajouter aveugle. N'importe lequel de mes livres a eu plus de retentissement dans le monde que, disons, n'importe quel livre qui fait fureur &#224; Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'importance, la qualit&#233; et, d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, la haute port&#233;e, attribu&#233;es &#224; beaucoup d'&#339;uvres europ&#233;ennes (occidentales) ne reposent en fait, la plupart du temps, que sur le pr&#233;suppos&#233; de la sup&#233;riorit&#233; de la civilisation qui a produit ces &#339;uvres. Tant qu'on &#233;tudiera nos livres dans la perspective actuelle exclusivement et &#233;troitement maghr&#233;bine, on passera &#224; c&#244;t&#233; de l'essentiel, qui est l'image, l'id&#233;e nouvelle, ou tout au moins diff&#233;rente, de l'homme qu'ils proposent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux qui se livrent &#224; ces &#233;tudes sont prisonniers de sch&#233;mas pr&#233;&#233;tablis solidement ancr&#233;s dans leur esprit, et dans la g&#233;n&#233;ralit&#233; des t&#234;tes pensantes du m&#234;me milieu, ce qui les fait aborder nos &#339;uvres avec une &#233;chelle de valeur fausse, ou qui a fait son temps, ou qui n'est vraie qu'appliqu&#233;e dans le cadre d'une litt&#233;rature particuli&#232;re, la fran&#231;aise par exemple, et qui cesse de l'&#234;tre d&#232;s qu'elle est &#233;tendue au-del&#224;. Et je ne fais mention que pour m&#233;moire de tous les pr&#233;jug&#233;s extra-litt&#233;raires mais profond&#233;ment enracin&#233;s, quoi qu'on en dise, dans l'&#234;tre culturel &#224; qui ils font admettre une n&#233;cessaire hi&#233;rarchie dans la signification de la port&#233;e des &#339;uvres selon leur origine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le meilleur des cas, un critique fran&#231;ais ne pourra jamais aborder la lecture d'une &#339;uvre belge ou alg&#233;rienne l'esprit enti&#232;rement d&#233;barrass&#233; de toutes les id&#233;es qu'il s'est faites de la Belgique, des Belges, de l'Alg&#233;rie, des Alg&#233;riens, etc., id&#233;es qui impliquent toutes, pr&#233;supposent toutes la supr&#233;matie d&#233;finitive, indiscutable et &#233;ternelle de la litt&#233;rature fran&#231;aise, du moins en regard de la belge ou de l'alg&#233;rienne. Donc &#224; ce stade &#8211; primaire en quelque sorte &#8211; les jeux sont d&#233;j&#224; faits, et point n'est besoin d'aller plus loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A ce stade d&#233;j&#224;, le jugement est &#233;tabli, prononc&#233;. L'autre source d'erreurs vient du pr&#233;suppos&#233; qui veut que pour toute &#339;uvre d'expression fran&#231;aise, le crit&#232;re doive &#234;tre la litt&#233;rature fran&#231;aise, alors qu'un ab&#238;me s&#233;pare nos &#339;uvres des auteurs fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que les critiques n'arrivent pas &#224; voir non plus, c'est la distinction fondamentale qui s'&#233;tablit entre la signification globale (et fonction) des &#339;uvres europ&#233;ennes (occidentales) : d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, l'Occident ne produit plus que des &#339;uvres de consommation &#8211; en d'autres termes des &#339;uvres qui limitent leur signification et leur fonction par une volont&#233; d&#233;lib&#233;r&#233;e de s'adapter aux besoins de leurs lecteurs &#224; tel moment, &#224; tel endroit, la philosophie de la consommation &#233;tant devenue l'&#233;thique des soci&#233;t&#233;s occidentales ; nos &#339;uvres, priv&#233;es en quelque sorte de cette base, de ce terrain d'action, se trouvent du coup lib&#233;r&#233;es des contraintes qui p&#232;sent durement sur l'&#233;crivain occidental, et peuvent se permettre, ainsi, d'&#234;tre des &#339;uvres d&#233;gag&#233;es, des &#339;uvres de r&#233;flexion, n'&#233;tant tenues de satisfaire un certain client, &#224; tel moment, &#224; tel endroit &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Pr&#233;face de Kateb Yacine du livre de Fadhma Ath Mansour &#034;histoire de ma vie&#034;</title>
		<link>https://www.nedjma.org/Preface-de-Kateb-Yacine-du-livre-de-Fadhma-Ath-Mansour-histoire-de-ma-vie</link>
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		<dc:date>2025-10-13T01:43:31Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Kateb Yacine</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Jeune fille de ma tribu &lt;br class='autobr' /&gt;
Fadhma A&#239;th Mansour Amrouche, l'auteur des lignes qu'on va lire, ne saurait &#234;tre mieux pr&#233;sent&#233;e que par son propre fils, Jean Amrouche, qui la devan&#231;a dans la mort ; il fut en quelque sorte le torrent pr&#233;curseur de cette source vive o&#249; il puisait, d&#232;s la plus tendre enfance, avec sa s&#339;ur Taos, le don de po&#233;sie qui ne les quittera plus : &lt;br class='autobr' /&gt;
Toute po&#233;sie est avant tout une voix, et celle-ci plus particuli&#232;rement. Elle est un appel qui retentit longuement dans la nuit, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.nedjma.org/-Litterature-" rel="directory"&gt;Litt&#233;rature &lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Jeune fille de ma tribu&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fadhma A&#239;th Mansour Amrouche, l'auteur des lignes qu'on va lire, ne saurait &#234;tre mieux pr&#233;sent&#233;e que par son propre fils, Jean Amrouche, qui la devan&#231;a dans la mort ; il fut en quelque sorte le torrent pr&#233;curseur de cette source vive o&#249; il puisait, d&#232;s la plus tendre enfance, avec sa s&#339;ur Taos, le don de po&#233;sie qui ne les quittera plus :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute po&#233;sie est avant tout une voix, et celle-ci plus particuli&#232;rement. Elle est un appel qui retentit longuement dans la nuit, et qui entra&#238;ne peu &#224; peu l'esprit vers une source cach&#233;e, en ce point du d&#233;sert de l'&#226;me o&#249;, ayant tout perdu, du m&#234;me coup on a tout retrouv&#233;... Mais avant que j'eusse distingu&#233; dans ces chants la voix d'un peuple d'ombres et de vivants, la voix d'une terre et d'un ciel, ils &#233;taient pour moi le mode d'expression singulier, la langue personnelle de ma m&#232;re. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Jean Amrouche n'est plus. Il a succomb&#233;, dans la force de l'&#226;ge, au moment m&#234;me o&#249; l'Alg&#233;rie allait briser ses cha&#238;nes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Souvent, il parlait de sa m&#232;re, comme il parlait de l'Alg&#233;rie, avec la m&#234;me passion, la m&#234;me gravit&#233; que dans les Chants Berb&#232;res de Kabylie :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Je ne saurai pas dire le pouvoir d'&#233;branlement de sa voix, sa vertu d'incantation. Elle n'en a pas elle-m&#234;me conscience, et ces chants ne sont pas pour elle des &#339;uvres d'art, mais des instruments spirituels dont elle fait usage, comme d'un m&#233;tier &#224; tisser la laine, d'un mortier, d'un moulin &#224; bl&#233; ou d'un berceau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une voix blanche et presque sans timbre, infiniment fragile et proche de la brisure. Elle est un peu chevrotante et chaque jour plus inclin&#233;e vers le silence, son tremblement s'accentue avec les ann&#233;es. Jamais rien n'&#233;clate, pas le moindre accent, pas le moindre effort vers l'expression ext&#233;rieure. En elle tout est amorti et int&#233;rioris&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle chante &#224; peine pour elle-m&#234;me ; elle chante surtout pour endormir et raviver une douleur d'autant plus douce qu'elle est sans rem&#232;de, intimement unie au rythme des gorg&#233;es de mort qu'elle aspire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la voix de ma m&#232;re, me direz-vous, et il est naturel que j'en sois obs&#233;d&#233; et qu'elle &#233;veille en moi des &#233;chos assoupis de mon enfance, o&#249; les interminables semaines durant lesquelles nous nous heurtions quotidiennement &#224; l'absence, &#224; l'exil, ou &#224; la mort. C'est vrai. Mais il y a autre chose : sur les longues port&#233;es sans couleur de cette voix flotte une nostalgie infiniment lointaine, une lumi&#232;re nocturne d'au-del&#224;, qui imposent le sentiment d'une pr&#233;sence insaisissable et toute proche, la pr&#233;sence d'un pays int&#233;rieur dont la beaut&#233; ne se r&#233;v&#232;le que dans la mesure m&#234;me o&#249; l'on sait qu'on l'a perdu... &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Les chemins de l'orphelinat&lt;br class='autobr' /&gt;
Les chants de Jean et de Fadhma sont avant tout les cris du d&#233;racinement du sol natal. M&#234;me promus citoyens fran&#231;ais, m&#234;me convertis au christianisme, les Amrouche restent des intrus, et ils doivent s'expatrier, comme tant d'autres Alg&#233;riens : la patrie asservie doit rejeter ses propres fils, au profit de la race des ma&#238;tres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce n'est pas tout. &#192; l'&#233;touffement de tout un peuple, &#224; sa d&#233;tresse et &#224; sa honte, s'ajoute la trag&#233;die de tous et de chacun. Ce n'est plus un pays, c'est un orphelinat.&lt;br class='autobr' /&gt;
Fadhma n'a pas de p&#232;re. Sa m&#232;re l'a prot&#233;g&#233;e tant qu'elle a pu contre la famille, contre le village qui la consid&#232;re comme un &#234;tre maudit. Enfin, la m&#232;re se d&#233;cide, la mort dans l'&#226;me, &#224; la premi&#232;re s&#233;paration :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Un mercredi, jour de march&#233;, ma m&#232;re me chargea sur son dos et m'emmena aux Ouadhias. Je me souviens tr&#232;s peu de cette &#233;poque. Des images, rien que des images. D'abord, celle d'une grande femme habill&#233;e de blanc, avec des perles noires ; &#224; c&#244;t&#233; du chapelet, un autre objet en cordes nou&#233;es, sans doute un fouet... &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Mais je vois surtout une image affreuse, celle d'une toute petite fille debout contre le mur d'un couloir ; l'enfant est couverte de fange, v&#234;tue d'une robe en toile de sac ; une petite gamelle pleine d'excr&#233;ments est pendue &#224; son cou ; elle pleure. Un pr&#234;tre s'avance vers elle ; la S&#339;ur qui l'accompagne lui explique que la petite fille est une m&#233;chante, qu'elle a jet&#233; les d&#233;s &#224; coudre de ses compagnes dans la fosse d'aisance, qu'on l'a oblig&#233;e &#224; y entrer pour les y chercher : c'est le contenu de la fosse qui couvre son corps et remplit la gamelle. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; En plus de cette punition, la petite fille fut fouett&#233;e jusqu'au sang : quand ma m&#232;re vint le mercredi suivant, elle trouva encore les traces des coups sur tout mon corps. Elle passa ses mains sur toutes les meurtrissures, puis elle fit appeler la S&#339;ur, et lui montra les traces des coups, en lui disant : &#171; C'est pour cela que je vous l'ai confi&#233;e ? Rendez-moi ma fille !... &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; &#192; l'automne, le ca&#239;d fit venir ma m&#232;re et lui dit : &#171; ta fille Fadhma te g&#234;ne, m&#232;ne-la &#224; Fort-National o&#249; l'on vient d'ouvrir une &#233;cole pour les filles, elle sera heureuse et bien trait&#233;e, et l'Administrateur te prot&#233;gera. Tu n'auras plus rien &#224; craindre des fr&#232;res de ton premier mari. &#187; Ma m&#232;re r&#233;sista longtemps ; l'exp&#233;rience des S&#339;urs Blanches la laissait sceptique ; mais son jeune mari et les habitants du village, qui voyaient toujours en moi l'enfant de la faute, la regard&#232;rent d'un mauvais &#339;il. C'est en octobre ou novembre 1886 qu'elle consentit &#224; se s&#233;parer de moi. Elle me prit &#224; nouveau sur son dos, et nous part&#238;mes.&lt;br class='autobr' /&gt;
La muse matriarcale&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Juch&#233;e sur mon mulet, une malle devant moi, je remplissais mes yeux de toute cette nature que je ne devais revoir que bien longtemps apr&#232;s, et pour tr&#232;s peu de temps. Car depuis 1898, je n'ai revu mon village que trois fois, tr&#232;s espac&#233;es, et jamais par la route que je venais de parcourir !&#8230; J'avais bien pleur&#233;, mais je m'&#233;tais dit : Il faut partir ! Partir encore ! Partir toujours Tel avait &#233;t&#233; mon lot depuis ma naissance, nulle part je n'ai &#233;t&#233; chez moi ! &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Et de nouveau, la voix du fils (Jean Amrouche vivait &#224; Tunis lorsque furent publi&#233;s les Chants Berb&#232;res de Kabylie, en 1939) fait &#233;cho &#224; la voix o&#249; il retrouve ses origines :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; ... Arrach&#233;e &#224; son pays natal depuis quarante ans, tous les jours, comme autrefois sa m&#232;re de qui elle les tient pour la plupart, c'est sur les ailes du chant que, dans sa solitude, elle lance ses messages aux morts et aux vivants. Elle est d'une famille de clairchantants, et elle parle quelquefois de sa m&#232;re et de ses fr&#232;res que tout le village &#233;coutait en silence lorsque leur chant se r&#233;pandait dans les rues. Elle a recueilli les chants du pays Zouaoua, son pays natal ; et aussi les chants des A&#239;th-Abbas, pays de mon p&#232;re, auxquels se sont ajout&#233;s quelques chants des A&#239;th-Aydel&#8230; &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce n'est plus une seule voix, c'est la tribu qui chante, une de ces tribus dont Ibn Khaldoun disait :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Les Berb&#232;res racontent un tel nombre d'histoires que, si on prenait la peine de les mettre par &#233;crit, on en remplirait des volumes...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est encore l'arbre de la tribu qui a produit en si grande quantit&#233;, par branches et par grappes, d'une saveur qui n'en finit pas, ce fruit d&#233;concertant qu'on appelle un po&#232;te, la vieille tribu sans feu ni lieu, o&#249; brille, &#233;toile secr&#232;te, le g&#233;nie m&#233;connu, h&#233;rit&#233; des anc&#234;tres, reconquis pas &#224; pas dans l'ombre inviol&#233;e de la patrie des morts, qui &#171; restent jeunes &#187;, selon le mot d'Anna Seghers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le livre de Fadhma porte l'appel de la tribu, une tribu comme la mienne, la n&#244;tre, devrais-je dire, une tribu plurielle et pourtant singuli&#232;re, expos&#233;e &#224; tous les courants et cependant irr&#233;ductible, o&#249; s'affrontent sans cesse l'Orient et l'Occident, l'Alg&#233;rie et la France, la Croix et le Croissant, l'Arabe et le Berb&#232;re, la montagne et le Sahara, le Maghreb et l'Afrique, et bien d'autres choses encore : la tribu de Rimbaud et de Si Mohand ou M'hand, d'Hannibal, d'Ibn Khaldoun et de Saint Augustin, un arbre de Jouvence inconnu des civilis&#233;s, pi&#232;tres connaisseurs de tout acabit qui se sont tous piqu&#233;s &#224; cette figue de Barbarie, la famille Amrouche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Examinons une derni&#232;re fois l'arbre de la tribu, et voyons seulement son bourgeon terminal : Jean, Taos, Fadhma : le fils, la fille, la m&#232;re, tous les trois sont po&#232;tes ! N'est-ce pas merveilleux ? Tous les trois sont po&#232;tes, mais le don po&#233;tique ne leur appartient pas comme un m&#233;chant volume &#224; son auteur, non, la po&#233;sie qu'ils incarnent, c'est l'&#339;uvre de tout un peuple.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais ce livre est aussi, dans son humilit&#233;, un implacable r&#233;quisitoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trop de par&#226;tres exclusifs ont &#233;cum&#233; notre patrie, trop de pr&#234;tres, de toutes religions, trop d'envahisseurs de tout acabit, se sont donn&#233; pour mission de d&#233;naturer notre peuple, en l'empoisonnant jusqu'au fond de l'&#226;me, en tarissant ses plus belles sources, en proscrivant sa langue ou ses dialectes, et en lui arrachant jusqu'&#224; ses orphelins ! Ils devraient d&#233;sormais comprendre qu'on peut faire beaucoup de mal avec de bons sentiments.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ma part, en signant cette introduction, j'ai tenu &#224; &#234;tre pr&#233;sent au grand &#233;v&#233;nement que constitue pour nous la parution d'un tel livre. Il s'agit d'un d&#233;fi aux bouches cousues : c'est la premi&#232;re fois qu'une femme d'Alg&#233;rie ose &#233;crire ce qu'elle a v&#233;cu, sans fausse pudeur, et sans d&#233;tour. Du plus profond de sa tombe d'exil, en terre bretonne, Fadhma semble nous dire :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Alg&#233;riennes, Alg&#233;riens, t&#233;moignez pour vous-m&#234;mes ! N'acceptez plus d'&#234;tre des objets, prenez vous-m&#234;mes la plume, avant qu'on se saisisse de votre propre drame, pour le tourner contre vous ! &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Puisse l'Alg&#233;rie libre ne plus pr&#234;ter l'oreille aux diviseurs hypocrites qui voudraient faire de toute v&#233;rit&#233; un tabou, et de tout &#234;tre un intouchable... Et qu'on ne vienne pas me dire : Fadhma &#233;tait chr&#233;tienne ! Une vraie patrie se doit d'&#234;tre jalouse de ses enfants, et d'abord de ceux qui, toujours exil&#233;s, n'ont jamais cess&#233; de vivre pour elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ouvrage que voici l'atteste plus que tout autre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je te salue, Fadhma, jeune fille de ma tribu, pour nous tu n'es pas morte !&lt;br class='autobr' /&gt;
On te lira dans les douars, on te lira dans les lyc&#233;es, nous ferons tout pour qu'on te lise !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Kateb Yacine&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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