<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://www.nedjma.org/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>Nedjma Institute</title>
	<link>https://nedjma.org/</link>
	<description></description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://www.nedjma.org/spip.php?id_rubrique=29&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>Nedjma Institute</title>
		<url>https://www.nedjma.org/local/cache-vignettes/L144xH30/logonedjmawebsite2-d342a.png?1776885745</url>
		<link>https://nedjma.org/</link>
		<height>30</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>Si Mohand Ou Mhand</title>
		<link>https://www.nedjma.org/Si-Mohand-Ou-Mhand</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.nedjma.org/Si-Mohand-Ou-Mhand</guid>
		<dc:date>2026-04-22T16:38:16Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nedjma Institute</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Sa vie &lt;br class='autobr' /&gt;
Si Mohand est le po&#232;te kabyle de la tradition orale le plus c&#233;l&#232;bre et le plus document&#233;. Il est n&#233; &#224; Ichera&#239;ouen, l'un des villages composant l'agglom&#233;ration de Tizi Rached (dans la conf&#233;d&#233;ration des A&#239;t-Iraten) en Grande Kabylie, au cours de l'ann&#233;e &#192; 1845 . Il est le fils de Mubend Amexyan n Ar &#224; Hmaduc et de Fatima n At Ssaeid. Si Mohand ou-Mhend est connu aussi sous le nom de Muh u-Mhend. Atteint d'un mal incurable et empirant de jour en jour (un abc&#232;s au au nombril, selon (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.nedjma.org/-Heritage-et-genie-les-grands-poetes-kabyles-" rel="directory"&gt;H&#233;ritage et g&#233;nie : les grands po&#232;tes kabyles&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.nedjma.org/local/cache-vignettes/L150xH136/si_mohand-ac05a.png?1776885745' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='136' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Sa vie &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Si Mohand est le po&#232;te kabyle de la tradition orale le plus c&#233;l&#232;bre et le plus document&#233;. Il est n&#233; &#224; Ichera&#239;ouen, l'un des villages composant l'agglom&#233;ration de Tizi Rached (dans la conf&#233;d&#233;ration des A&#239;t-Iraten) en Grande Kabylie, au cours de l'ann&#233;e &#192; 1845&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Selon l'estimation de Mammeri. La date de naissance de Si Mohand est en fait (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il est le fils de Mubend Amexyan n Ar &#224; Hmaduc et de Fatima n At Ssaeid. Si Mohand ou-Mhend est connu aussi sous le nom de Muh u-Mhend. Atteint d'un mal incurable et empirant de jour en jour (un abc&#232;s au au nombril, selon Dermenghem ; une gangr&#232;ne au pied, dit le po&#232;te), il est mort en 1906 &#224;. l'h&#244;pital des S&#339;urs Blanches, pr&#232;s de Michelet (actuel A&#239;n-El-Hammam) ; il est enterr&#233; au cimeti&#232;re de Tikorabin, appel&#233; Asgifn n tmana (litt. &#171; le portique de la sauvegarde &#187;), &#224; dans le coin r&#233;serv&#233; aux &#233;trangers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s sa tendre enfance, Si Mohand a connu l'exil : apr&#232;s la pacification de l&#224; Kabylie en 1857, le g&#233;n&#233;ral Randon, charg de r&#233;duire le Djurdjura, fait exproprier les : habitants et raser Ichera&#239;ouen, le ville de &#171; Mohand, afin de b&#226;tir sur son empl ment Fort Napol&#233;on, qui deviendra plu tard Fort-National, aujourd'hui Larba nath Iraten. Apr&#232;s cet &#233;v&#233;nement, ses parents pr&#233;f&#232;rent aller s'installer &#224; Sidi Khelifa, un petit hameau situ&#233; pr&#232;s d' Akbou (Ighil-Guefri, Larbaa nath Iraten). Mais &#171; d&#233;j&#224; avant de s'installer &#224; Icheraiouen (l'ancien), les parents de Mohand, les At Hmaduc, avaient, pour fuir une vendetta, quitter Aguemmoun, un autre village des A&#239;t-[raten, pr&#232;s de Larbaa nath-Iraten. Apr&#232;s l'insurrection kabyle de 1871 &#224; laquelle les At Hmaduc prennent une part active, les parents de Mohand, qui &#233;taient repr&#233;sentants ( mugaddem) de la Rahmaniya pour les A&#239;t-Iraten, sont, &#224; l'instar de tous les autres insurg&#233;s, durement r&#233;prim&#233;s : cheikh Arezki, son oncle, est d&#233;port&#233; en Nouvelle Cal&#233;donie ; Sa&#239;d, le fr&#232;re de Arezki, s'enfuit en Tunisie ; le p&#232;re de Mohand, Am&#233;ziane, est ex&#233;cut&#233; &#224; Fort-National. &#171; Mohand lui-m&#234;me ne doit la vie sauve qu'&#224; l'intervention d'officier qui avait jug&#233; sa mort inutile &#187;, &#233;crit Mammeri&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce point m&#233;riterait des investigations compl&#233;mentaires ; les raisons qui ont (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Tous les biens des At Hmaduc sont s&#233;questr&#233;s. Les Ar Hmaduc se sont dispers&#233;s et se r&#233;fugient dans d'autres villages voisins de Tizi-Rached. La m&#232;re du po&#232;te , Fatima n At Ssacid, se retire &#224; Ichera&#239;ouen (le village actuel), avec M&#233;ziane, le plus jeune de ses enfants. Akli, son fr&#232;re a&#238;n&#233;, de deux ans plus &#226;g&#233;, se rend en Tunisie avec l'essentiel de ce qui restait de la fortune paternelle qu'il emporte avec lui. Avec cet h&#233;ritage, il y prend femme et acquiert un magasin et une petite ferme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s le partage in&#233;quitable selon les dires de Mohand de l'h&#233;ritage familial, le po&#232;te dilapide vite le peu qui lui en &#233;choit. &#171; Ainsi lib&#233;r&#233; de tout et de tous, sauf de luim&#234;me, il va d&#233;sormais poursuivre une vie errante, que vont se disputer toutes les mis&#232;res et tous les vices, aussi quelques rares joies vite closes &#187; (Mammeri, 1969 : 18).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme il en t&#233;moigne dans ses vers, Mohand a parcouru, tr&#232;s souvent &#224; pied, tous les endroits o&#249; son humeur vagabonde le poussait : la Kabylie, l'Alg&#233;rois, B&#244;ne et m&#234;me Tunis. Mais son lieu pr&#233;f&#233;r&#233; fut B&#244;ne (Annaba). Les Kabyles, et particuli&#232;rement ceux du pays de Mohand, y &#233;taient nombreux et travaillaient dans les mines ou dans les fermes. A B&#244;ne, Si Mohand, lui, ne travaillait pas dur ! II lui arrivait cependant d'y &#234;tre contraint, ne serait-ce que pour pouvoir s'offrir certaines drogues (hachisch, kif et coca&#239;ne) et quelques boissons alcoolis&#233;es (rhum, absinthe et vins doux), dont il &#233;tait s&#233;rieusement d&#233;pendant. Il vivait de petits m&#233;tiers : il tenait gargote avec son oncle Hend A&#239;t Sa&#239;d dans un faubourg de la ville appel&#233; Elgahmousiya. Il &#233;crivait des lettres en arabe pour les ouvriers qui le payaient d'un verre o&#249; d'argent. Il se faisait aussi marchand de beignets qu'il pr&#233;parait lui-m&#234;me sur les chantiers la veille des jours de paie.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Sa double formation : clerc et po&#232;te &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Son oncle Arezki, quelque peu instruit et surtout vers&#233; dans le droit musulman, dirigea, entre 1857 et 1871, un groupe d'&#233;l&#232;ves dans une confr&#233;rie. C'est l&#224; que Mohand acquit les premiers rudiments de sa formation d'imam, qu'il a parfaite par la suite &#224; la Zaouia de Sidi Abderrahman des Iloulen. Il fut donc form&#233; pour pr&#234;cher la Parole de Dieu (awal n Rebbi) et exercer le m&#233;tier d'imam (il &#233;tait, selon ses propos m&#234;mes, &#171; un clerc aux soixante sourates &#187;), une fonction jusque-l&#224; respectable et paisible en Kabylie ; mais le nouvel ordre (lwe3d, dit Mohand, &#171; le destin &#187;) en a d&#233;cid&#233; autrement : il est &#171; appel&#233; &#187;, soudainement (puisqu'il ne s'y est pas pr&#233;par&#233;), pour r&#233;pandre, parmi les siens, et jusqu'&#224; la fin de ses jours, la parole kabyle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est du moins ce que dit Mammeri &#224; propos de la formation po&#233;tique de Si Mohand&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il est &#233;vident que cette l&#233;gende rel&#232;ve de l'hagiographie : le processus de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En effet, apr&#232;s avoir rapport&#233; in extenso la l&#233;gende de Si Mohand (Cf. Mammeri 1969 : 12), interpr&#233;t&#233;e sur un mode romantique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Quoi qu'il veuille dire, il peut le dire en vers, parce que c'est lui qui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, Mammeri &#233;crit, &#224; la page suivante : &#171; Il ne semble pas que Mohand ait fait le lent, le long apprentissage du m&#233;tier, comme c'&#233;tait la pratique en son temps [...] &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Sa po&#233;sie &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le nouvel ordre colonial a eu des effets consid&#233;rables sur la vie des Kabyles en g&#233;n&#233;ral, sur celle de Si Mohand et sur sa po&#233;sie en particulier ; incidences de nature ambivalente, dont l'une m&#233;rite d'&#234;tre soulign&#233;e ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s 1871, quand la r&#233;pression coloniale bouleverse l'organisation sociale des Kabyles, les At Hmaduc, parents de Si Mohand, sont ruin&#233;s et dispers&#233;s. Cela a &#233;t&#233; &#224; l'origine directe du drame qu'il a profond&#233;ment v&#233;cu : la perte de toute attache familiale et la confusion du lien social. C'est sans doute pour cela qu'il a trouv&#233; sa voie dans le Verbe et la sublimation du pass&#233;. Vivant dans le d&#233;sarroi et le d&#233;nuement total, seul (mais toujours accompagn&#233; de sa pipe dont il ne pouvait se s&#233;parer), il se met alors &#224; errer en disant &#224; qui savait ce que parler veut dire. Mohand devient alors le porte-parole d'une soci&#233;t&#233; qui s'effondre, le chantre d&#233;sesp&#233;r&#233; des valeurs bouscul&#233;es par l'ordre colonial et le monde nouveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, d'un autre c&#244;t&#233;, cet ordre colonial, en arrachant les Kabyles &#224; leur terre, a d&#233;termin&#233; de nouvelles conditions de diffusion pour la po&#233;sie kabyle et permis son renouvellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, du fait de cette rupture sociale,Si Mohand n'&#233;tait plus comme la quasi-totalit&#233; des po&#232;tes kabyles de son &#233;poque (et tous ses pr&#233;d&#233;cesseurs), un po&#232;te local, villageois ou tribal. Les po&#232;tes avant lui &#233;taient en totale communion d'id&#233;es et de pens&#233;es avec leurs petits groupes d'origine, alors que Si Mohand n'est plus le h&#233;raut ou le porte parole d'un groupe limit&#233; (une tribu ou, au plus, une conf&#233;d&#233;ration de tribus), lov&#233; dans un monde clos et exigu, g&#233;ographiquement mais aussi culturellement. Frott&#233; de culture coranique et surtout voyageur infatigable, Si Mohand, lui, avait au contraire acc&#232;s &#224; d'autres savoirs et d'autres horizons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En errant &#224; travers un espace g&#233;ographique plus vaste, correspondant &#224; celui du territoire de la kabylophonie et, par cons&#233;quent, d&#233;passant de tr&#232;s loin le champ d'action du po&#232;te kabyle traditionnel, Mohand s'est adress&#233;, presque toujours en kabyle, &#224; tous les publics qu'il a pu rencontrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par le biais de ses p&#233;r&#233;grinations, mais aussi par le choix des th&#232;mes qu'il a trait&#233;s, il a su toucher, mieux et plus que les autres po&#232;tes de son temps, non seulement les Kabyles de toutes les r&#233;gions mais aussi plusieurs g&#233;n&#233;rations successives. Il a su donner &#224; son r&#233;pertoire une amplitude et, par l'interm&#233;diaire de ses publics-r&#233; epreurs successifs, une long&#233;vit&#233; inconnues jusque l&#224;. Son r&#233;pertoire est encore bien attet largement r&#233;pandu dans toute fn lie, un si&#232;cle &#224; peu pr&#232;s apr&#232;s sa n en domaine de tradition orale on combien une telle dur&#233;e de vie pour un r&#233;pertoire po&#233;tique est exceptionnel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il est vrai que la po&#233;sie de Si Mohand n'a pas circul&#233; uniquement de fa&#231;on (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre rupture, formelle ce , doit &#234;tre signal&#233;e par rapport &#224; la trad o1 des po&#232;tes kabyles qui, tr&#232;s souvent, chantaient leur po&#233;sie. Comme tous les Imsahen (i.e. les po&#232;tes errants, marginaux), Si Mohand n'a pas chant&#233; la sienne ; selon tous les t&#233;moignages, lui, disait ses vers ou, plut&#244;t, les d&#233;clamait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si Mohand est indiscutablement le po&#232;te traditionnel kabyle le plus important et le plus largement connu ; son &#339;uvre reste une r&#233;f&#233;rence pour toute la soci&#233;t&#233; kabyle. Elle a inspir&#233; et profond&#233;ment marqu&#233;, par sa th&#233;matique comme par sa forme (asefru), tous les po&#232;tes et chanteurs ult&#233;rieurs, dont les plus grands comme Slimane Azem&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Qui lui rend plusieurs fois hommage dans son &#339;uvre, notamment dans &#171; Si Muh (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[K. BOUAMARA]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;BIBLIOGRAPHIE :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;BOULIFA (Si Sa&#239;d) : Recueil de po&#233;sies kabyles , Alger dan, 1904 ; 2e &#233;d., Editions Awal, Paris/Alger &lt;br class='autobr' /&gt;
.1990.&lt;br class='autobr' /&gt;
DERMENGHEIM (Emile) : La po&#233;sie kabyle de Si Mouh ou Mhand et les isefra, Documents alg&#233;riens, s&#233;rie culturelle &lt;br class='autobr' /&gt;
1951, n&#176; 57&lt;br class='autobr' /&gt;
FERAOUN (Mouloud) : &#171; La l&#233;gende de Si Mohand : Algeria, septembre 1958.&lt;br class='autobr' /&gt;
FFRAOUN (Mouloud) : Les po&#232;mes de Si Mohand, Paris Ed. Minuit, 1960 ; 2e &#233;d. Bouch&#232;ne, Alger, 1990. &lt;br class='autobr' /&gt;
MAMMERI (Mouloud), Les Isefra po&#232;mes de Si Mohand ou Mhand, Paris, Maspero 1969.&lt;br class='autobr' /&gt;
REDJALA (Mbarek) : Si Mohand et sa famille dans la tourmente de 1871, Bulleun de berb&#232;res, 3, 1974, p. 5-14,&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Selon l'estimation de Mammeri. La date de naissance de Si Mohand est en fait controvers&#233;e. Selon Boulifa, Si Mohand aurait eu quarante ans au moment o&#249; il &#233;crivait (1900) et serait donc n&#233; en 1840. Si Youcefou-Lefki donne &#224; Mouloud Feraoun deux dates diff&#233;rentes : 1. Si Mohand serait mort au m&#234;me &#226;ge que le proph&#232;te (soixante-trois ans), ce qui porterait sa naissance &#224; 1843. 2. Si Mohand avait &#224; peu pr&#232;s le m&#234;me &#226;ge que lui, or Si Youcef-ou-Lefki est n&#233; en 1850.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce point m&#233;riterait des investigations compl&#233;mentaires ; les raisons qui ont amen&#233; les responsables militaires fran&#231;ais &#224; &#233;pargner Mohand restent obscures, et sont peut-&#234;tre plus politiques que le simple geste humanitaire d'un officier. D'autant que le s&#233;questre sur les biens de la famille ne fut sans doute pas aussi total que le dit la tradition rapport&#233;e par M. Mammeri, puisqu'il y eut ensuite partage d'h&#233;ritage (NDLR).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il est &#233;vident que cette l&#233;gende rel&#232;ve de l'hagiographie : le processus de formation de Si Mohand m&#233;nte ait une recherche approfondie (NDLR).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Quoi qu'il veuille dire, il peut le dire en vers, parce que c'est lui qui parle mais l'ange qui informe &#187;, &#233;crir Mammeri (1978 : 12). Nous retrouvons l&#224; le point de vue romantique qui &#171; explique &#187; la performance pot nique en associant au cr&#233;ateur la voix de la Muse qui lui souffle des images, des id&#233;es ou des vers.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il est vrai que la po&#233;sie de Si Mohand n'a pas circul&#233; uniquement de fa&#231;on orale : elle a b&#233;n&#233;fici&#233; tr&#232;s t&#244;t (Boulifa, 1904) du support de l'&#233;crit,&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Qui lui rend plusieurs fois hommage dans son &#339;uvre, notamment dans &#171; Si Muh yenna-d &#187; (Slimane AZEM : &#206;zlan, Recueil de chants kabyles, Paris, Numidie Music, p. 168 et suiv.).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Cheikh Mohand Ou Lhocine</title>
		<link>https://www.nedjma.org/Cheikh-Mohand-Ou-Lhocine</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.nedjma.org/Cheikh-Mohand-Ou-Lhocine</guid>
		<dc:date>2026-04-22T16:33:40Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nedjma Institute</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Grande figure religieuse de la Kabylie, saint local tr&#232;s v&#233;n&#233;r&#233;, Mohand est n&#233; &#224; la fin des ann&#233;es trente du xixe si&#232;cle, &#224; A&#239;t Ahmed, un petit hameau du village de Taqqa, dans la tribu des A&#239;t-Yahia situ&#233;e dans la r&#233;gion de A&#239;n El-Hammam (ex Michelet) en Grande Kabylie. Il est le fils de Malha Tabuzebrit et de Mohand Larbi. &lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s une longue maladie, il d&#233;c&#232;de le mardi 8 octobre 1901, &#224; A&#239;t-Ahmed, au milieu du jour. Contrairement &#224; la coutume, on garda son corps trois jours avant de (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.nedjma.org/-Heritage-et-genie-les-grands-poetes-kabyles-" rel="directory"&gt;H&#233;ritage et g&#233;nie : les grands po&#232;tes kabyles&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.nedjma.org/local/cache-vignettes/L150xH120/chikh_mohand_u_lhocine-86562.png?1776885745' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='120' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Grande figure religieuse de la Kabylie, saint local tr&#232;s v&#233;n&#233;r&#233;, Mohand est n&#233; &#224; la fin des ann&#233;es trente du xixe si&#232;cle, &#224; A&#239;t Ahmed, un petit hameau du village de Taqqa, dans la tribu des A&#239;t-Yahia situ&#233;e dans la r&#233;gion de A&#239;n El-Hammam (ex Michelet) en Grande Kabylie. Il est le fils de Malha Tabuzebrit et de Mohand Larbi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s une longue maladie, il d&#233;c&#232;de le mardi 8 octobre 1901, &#224; A&#239;t-Ahmed, au milieu du jour. Contrairement &#224; la coutume, on garda son corps trois jours avant de l'enterrer afin de permettre &#224; de nombreux visiteurs, affluant de tous horizons de la Kabylie, de voir une derni&#232;re fois le visage du Cheikh.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien qu'il ait &#233;pous&#233; successivement (ou simultan&#233;ment ?) plusieurs femmes, neuf selon Mammeri (1990 : 172), Cheikh Mohand est mort sans post&#233;rit&#233; (yemmut d amengur).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son enfance, &#224; l'instar de tous les enfants issus de familles pauvres, Mohand fut berger. Mais &#224; cet &#226;ge-l&#224; d&#233;j&#224;, il &#233;tait port&#233; vers les choses de la religion&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Plus pr&#233;cis&#233;ment, vers la voie mystique.&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, tr&#232;s probablement sous l'influence de sa m&#232;re, Lalla Malha issue d'une famille maraboutique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi il s'engagea avec d&#233;termination dans la voie asc&#233;tique. Aussi, ni les conseils ni les s&#233;v&#232;res r&#233;primandes de son p&#232;re, qui aurait voulu avoir un fils docile et ob&#233;issant et, en son h&#233;ritier sur lequel il aurait pu compter n'eurent prise sur lui. Ceci, parce Mohand &#233;tait pr&#233;occup&#233; et, pour ainsi dire habit&#233; tout le temps par son d&#233;sir de s'engager dans la voie de Dieu : accompagn&#233; constamment par une &#171; troupe d'adeptes f&#233;rus d'extase comme lui &#187; (Mammeri 1990), il visitait tous les saints hommes et endroits, sanctuaires et mausol&#233;es fr&#233;quent&#233;s en son temps. Un jour, en rentrant chez lui, accompagn&#233; de ses adeptes, Mohand Larbi, son p&#232;re, d&#233;j&#224; fatigu&#233; &#224; l'exc&#232;s par la conduite de son fils, le prit &#224; partie devant ses amis. Il lui reprocha de se comporter comme un derviche. &#171; Mieux vaut mourir sans h&#233;ritier, lui dit-il &#224; la fin, qu'avoir un fils comme toi. &#187; La r&#233;ponse, en vers, de Mohand, jet&#233;e &#224; la face de son p&#232;re, comme un bille de fronde, fut v&#233;h&#233;mente mais r&#233;v&#233;latrice. Les derniers vers contenaient, en effet, une sorte de pr&#233;diction ou, mieux, un signe avant-coureur :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Eubdey rebbi ar das-tinid &lt;br class='autobr' /&gt;
Je jure par Dieu, qu'un jour, tu diras &lt;br class='autobr' /&gt; : Wagi eniy d Nnbi wis-sin &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Cet homme est donc un second proph&#232;te ? &#187; (Mammeri, 1990 : 47)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un &#171; second proph&#232;te &#187;, c'est-&#224;-dire un &lt;br class='autobr' /&gt;
saint homme, un homme de Dieu (d arebbani), respect&#233; et v&#233;n&#233;r&#233; de tous, un ma&#238;tre du verbe doux (awal azidan) qui s'adressait aussi bien aux c&#339;urs endoloris qu'&#224; la raison des hommes venant le consulter et lui demander conseil, Cheikh Mohand l'a &#233;t&#233; pendant plusieurs d&#233;cennies de suite. Dans la Kabylie de l'&#233;poque de Mohand, apr&#232;s le Proph&#232;te et ses compagnons, il n'y avait pas d'autorit&#233; plus &#233;cout&#233;e, suivie et v&#233;n&#233;r&#233;e par le peuple que les saints hommes et autres hommes de Dieu (At Rebbi).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce fut justement aupr&#232;s de ces &#171; hommes. Le Dieu &#187; que Mohand a suivi dans son enfance, pendant dix ann&#233;es selon Mammeri &lt;br class='autobr' /&gt;
(1990 : 49), une longue initiation aux termes &lt;br class='autobr' /&gt;
de laquelle il a acquis (&#171; il a puis&#233; &#187;, yugemd son charisme, son pouvoir de &#171; beau dir, et de pr&#233;dire aussi, Pendant toutes ces annees, Mohand fr&#233;quenta de nombreux devins inspir&#233;s et hommes de Dieu. L'un d' entre eux &#233;tait Muhend U3li de Taqabba (Cf. Mammeri, 1990 : 48). Chass&#233; de la maison par son p&#232;re, Mohand alla rejoindre le gite du saint homme. Il y vivait en faisant pa&#238;tre les b&#234;tes du vieillard et chaque soir, en rentrant, il portait un fagot de bois de chauffe sur le dos. A chaque fois que le ma&#238;tre l'exhortait &#224; retourner chez ses parents, les m&#234;mes mots sortaient de la bouche de Mohand : &#171; Je suis sans lieu ni feu ; ma maison, &#224; moi, C'est ici ! Alors, j'y suis, j'y reste ! &#187;. Quelque temps apr&#232;s, le ma&#238;tre revenant &#224; la charge lui dit encore : &#171; Maintenant, rentre chez toi ! Ton pouvoir est accompli (Lhila-k teccur, litt. &#8220;ton r&#233;cipient est plein&#8221;). &#187; Mais Mohand, sans doute parce qu'il ne se sentait pas encore pr&#234;t, temporisait &#224; chaque fois, jusqu'au jour o&#249; il s'avisa qu'il &#233;tait temps de quitter les lieux. Ce jour-l&#224;, il accepta de prendre cong&#233; du ma&#238;tre mais &#224; condition, lui annon&#231;a-t-il, que &#171; Je sois d'abord r&#233;tribue pour tous les soins que je t'ai prodigues ! L ma&#238;tre le paya alors de ces parols :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ruh ay aderwic (n) At Yebya &lt;br class='autobr' /&gt;
Va, derviche des Ait Yahia &lt;br class='autobr' /&gt;
Rriy-k d Imesbeh n tmura &lt;br class='autobr' /&gt;
Je te nomme Lumi&#232;re de toutes ! strlu &lt;br class='autobr' /&gt;
T-tasarut n tebbura ! &lt;br class='autobr' /&gt;
et Clef de toutes les portes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Mammeri, 1990 : 59)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s une longue phase d'errance, Mohand d&#233;cida, &#224; peu pr&#232;s &#224; la fin des ann&#233;es soixante du xive si&#232;cle, de se fixer &#224; Ait-Ahmed. L&#224;, il fonda un sanctuaire o&#249; il recevait chaque jour de nombreux visiteurs qui, tous, humbles ou riches, apportaient des offrandes en argent ou en nature. &#192; certains, ceux qui souhaitaient devenir adeptes de l'ordre de la Rahmaniya*, il donnait l'investiture avec un jaune d'&#339;uf. Son pouvoir qui se mettait en place petit &#224; petit gagnait en l&#233;gitimit&#233; ; son charisme se r&#233;pandait partout en Grande Kabylie (Tamurt n wadda). Aupr&#232;s des masses, il devint vite le meilleur repr&#233;sentant de Tamurt n wadda vis-&#224;-vis de l'ordre confr&#233;rique coiff&#233; par le v&#233;n&#233;r&#233; Cheikh Aheddad de Seddouk, en Petite Kabylie (Tamurt ufella). Devant Cheikh Aheddad*, Mohand a pr&#234;t&#233; serment d'&#234;tre fid&#232;le &#224; la voie et respectueux des r&#232;gles de l'ordre ; ce qu'il n'a pas toujours fait, sclon les allepations des autres repr&#233;sentants de la Rahmaniya, Car non seulement il s'&#233;artait souvent de la voie rahmanienne en donnant, par exemple, investiture avec un jaune d'oeuf, mais, aux yeux du ma&#238;tre de la confr&#233;rie et de ses adjoints, il &#233;tait consid&#233;r&#233; comme un usurpateur qui avait &#171; accapar&#233; &#187; la fonction de lieutenant du grand ma&#238;tre pour la Grande Kabylie en s'appuyant sur sa tr&#232;s grand popularit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En fait. formellement, et contrairement &#224; ce qui a pu &#234;tre &#233;crit (notamment (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce qui lui fut reproch&#233;, un jour, &#224; Seddouk, par le Cheikh Aheddad lui-m&#234;me :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &#171; Qui t'a institu&#233; muqaddem ? lui reprocha &lt;br class='autobr' /&gt;
le grand ma&#238;tre &lt;br /&gt;&#8212; Dieu ! &#187;, lui lan&#231;a Cheikh Mohand.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette r&#233;ponse ent&#233;rine la rupture entre eux. Exasp&#233;r&#233;, Cheikh Aheddad mit fin &#224; leur discussion en disant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rub a dak-iney Rebbi d'amengur ! &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Va, puisse Dieu te tuer sans post&#233;rit&#233; ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cheikh Mohand lui r&#233;torqua :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rub ad i&#255;eel Rebbi &lt;br class='autobr' /&gt;
Va, Dieu fasse que &lt;br class='autobr' /&gt;
Axxam-ik d axrib&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ta maison tombe en ruines &lt;br class='autobr' /&gt;
Azekka-k d'ayrib &lt;br class='autobr' /&gt;
Et que tu sois enterr&#233; loin de ton pays ! (Mammeri, 1990 : 59)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ce qui fut dit advint. En effet, d'abord emprisonn&#233; &#224; la fin de l'insurrection de 1871, Cheikh Aheddad meurt et est enterr&#233; &#224; Constantine, loin de son pays natal ; sa maison, apr&#232;s avoir &#233;t&#233; longtemps laiss&#233;e &#224; l'abandon, tomba en ruines. Quant &#224; Cheikh Mohand, il mourut en 1901, sans descendance m&#226;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1871, apr&#232;s la d&#233;faite kabyle, Cheikh Mohand &#224;, &#224; un moment donn&#233;, envisag&#233; de quitter Ait-Ahmed pour aller, comme l'ont fait bon nombre de ses concitoyens, se r&#233;fugier en Orient musulman, en Syrie (Tamurt n Ccam) ; il avait m&#234;me commenc&#233; &#224; vendre quelques-uns de ses biens fonciers. Mais il se ravisa tr&#232;s vite parce qu'un autre saint homme vint le trouver pour lui faire entendre raison, e* lui disant que s'il partait, le peuple n'aurait plus aucun saint auquel il pourrait se vouer. &#171; Et puis tu as beau faire, lui ajouta-t-il, c'est ici qu'est inscrit ton destin ! &#187; &#192; partir de ce moment, il n'a plus quitt&#233; son hameau d'Ait-Ahmed.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son attitude au moment de l'insurrection de 1871 est un point qui m&#233;riterait des investigations approfondies. Il semble bien qu'il s'y soit oppos&#233; et ait refus&#233; d'y participer. C'est sans doute ce qui explique que, contrairement aux autres mokaddems, il a &#233;chapp&#233; &#224; la mort, &#224; la d&#233;portation et au s&#233;questre. Sa position lors de cet &#233;v&#233;nement d&#233;cisif pour la Kabylie que fut la r&#233;volte de 1871 n'est probablement pas sans lien avec ses relations tendues avec le grand ma&#238;tre de la Rahmaniya ; elle explique peut-&#234;tre aussi qu'il se soit d&#233;finitivement engag&#233; dans la voie de la sublimation dans l'extase et le Verbe mystique. En tout &#233;tat de cause, apr&#232;s la tr&#232;s dure r&#233;pression qui s'ensuivit, il ne restait plus gu&#232;re aux gens que le repli dans la sagesse fataliste et la qu&#234;te des saints&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les &#233;l&#233;ments d'information et d'appr&#233;ciation de ce paragraphe sont dus &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cheikh Mohand avait deux passions mat&#233;rielles : la terre, et il en a beaucoup acquis au fil des ans dans la vall&#233;e de Boubhir ; et son ermitage pour lequel il avait engag&#233; les services d'un ma&#231;on permanent qui a travaill&#233; pour lui pendant des ann&#233;es. En dehors des pi&#232;ces d'habitation, le b&#226;timent comprenait : deux salles pour le logement des p&#232;lerins ; le long portique des consultations, une &#233;table, une &#233;curie, une forge, une salle de classe, une fontaine ombrag&#233;e et, dans la cour, le fauteuil o&#249; il faisait ses ablutions et un grand bassin (agelmim) o&#249; flottaient quelquefois des bateaux en miniature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-dessus de l'ermitage, il y avait un moulin. Il avait un cheptel compos&#233; de vaches, de b&#339;ufs et de moutons mais aussi d'esp&#232;ces insolites en Kabylie : douze chameaux, des gazelles, des paons, des l&#233;vriers et enfin deux oiseaux d'esp&#232;ce inconnue dont l'un s'appelait &#171; Angoisse &#187; et l'autre &#171; Gr&#226;ce divine &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est sous le portique que le cheikh a re&#231;u, pendant quarante ans, les p&#232;lerins venus lui rendre visite chaque jour, dans la matin&#233;e. Ils y venaient seuls, en petits groupes ou en longues processions d'hommes, de femmes et d'enfants. Certains y venaient en visite pieuse, d'autres y cherchaient la sagesse et les beaux dits. Les malades y cherchaient la gu&#233;rison. &#192; tous, le cheikh offrait &#224; boire et &#224; manger. &#192; chacun il donnait la r&#233;ponse appropri&#233;e ; le plus souvent en prose, mais quelquefois il parlait en vers rim&#233;s, assonances ou simplement rythm&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les dits du cheikh, plus faciles &#224; retenir quand ils &#233;taient en vers, les gens se les redisaient, les r&#233;p&#233;taient aussi dans les villages ; s'il y avait un lettr&#233; dans l'auditoire, il se h&#226;tait de les fixer &#224; l'&#233;crit. Mais, quelquefois, c'&#233;tait le cheikh lui-m&#234;me qui appelait le ma&#238;tre de la petite &#233;cole et lui disait : &#171; Prends un papier, de l'encre, un stylet et &#233;cris : Cheikh Mohand a dit... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son dernier ouvrage intitul&#233; Innayas Ccix Mohand (Cheikh Mohand a dit), Mammeri a rapport&#233;, en berb&#232;re, tout ce qui est rest&#233; dans la m&#233;moire locale, de ce que Cheikh Moband a dit il y a &#224; peu pr&#232;s un si&#232;cle, Ce recueil de 208 pages s'articule en quatre grandes parties :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I. La vie du cheikh (&#224; ses d&#233;buts)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Les ma&#238;tres du cheikh &lt;br /&gt;&#8212; L'&#233;poque d'avant la colonisation fran&#231;aise &lt;br /&gt;&#8212; L'insurrection de 1871 &lt;br /&gt;&#8212; L'&#233;poque coloniale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;II De la saintet&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; La saintet&#233; n'est pas l'instruction&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il convient de rappeler que Ccix Muhend exer&#231;ait son magist&#232;re dans la plus (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; La saintet&#233; n'est pas la thaumaturgie &lt;br /&gt;&#8212; Le sens vrai de la saintet&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;III. La pens&#233;e du cheikh&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Les temps nouveaux &lt;br /&gt;&#8212; Le pouvoir &lt;br /&gt;&#8212; L'argent &lt;br /&gt;&#8212; Les hommes &lt;br /&gt;&#8212; Dieu &lt;br /&gt;&#8212; Le bien et le mal &lt;br /&gt;&#8212; La sagesse&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;IV La vie du cheikh (la fin)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Sa situation socio-&#233;conomique &lt;br /&gt;&#8212; Ses serviteurs &lt;br /&gt;&#8212; Histoire de Mohand Larbi (le fils du cheikh) &lt;br /&gt;&#8212; Ses derniers jours Epilogue &#8212; &#171; Lhistoire du cheikh &#187;, po&#232;me compos&#233; par Lhaj Muhend-u-3acur. &lt;br /&gt;&#8212; &#171; Po&#232;me sur Lalla Fadhma &#187; (la s&#339;ur du cheikh), po&#232;me compos&#233; par 3li At Nabet,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le personnage de Cheikh Mohand &#224; donn&#233; lieu &#224; une tr&#232;s abondante production po&#233;tique d'&#233;dification religieuse, normalement chant&#233;e lors des p&#232;lerinages, dont on trouvera un &#233;chantillon cons&#233;quent chez Jean-Marc Dallet* (1968) ou dans l'&#339;uvre chana0s Amrouche*.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;BIBLIOGRAPHIE &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; A&#207;T OUYAHIA (Belgacem) : Pierres et lumi&#232;res, Alger, Casbah Editions, 1999, &lt;br /&gt;&#8212; La l&#233;gende d'un saint, Chikh Mohand Ou-Lhossine, FDB, 96, Fort-National, 1967 (IV). &lt;br /&gt;&#8212; Un p&#232;lerinage &#224; la tombe de Chikh Mohand ou-Lhossine, FDB, 98, Fort-National, 1968 (II).
&lt;br /&gt;&#8212; MAMMERI (Mouloud) : Cheikh Mohand a dit (Inna-yas Ccix Muhend), Alger, 1990. &lt;br /&gt;&#8212; NACIB (Youssef) : Po&#233;sies mystiques kabyles, Alger, Editions Andalouses, s.d.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Plus pr&#233;cis&#233;ment, vers la voie mystique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En fait. formellement, et contrairement &#224; ce qui a pu &#234;tre &#233;crit (notamment par M. Mammeri), il n'y a jamais eu de repr&#233;sentant de la Rahmaniya pour toute la Grande Kabylie (concept inexistant &#224; l'&#233;poque d'ailleurs) ; il y avait un (ou plusieurs) muqaddem pour chaque conf&#233;d&#233;ration de tribus. Mohand fut l'un de ses repr&#233;sentants (note de Mohand Ameziane Amenna/NDLR).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les &#233;l&#233;ments d'information et d'appr&#233;ciation de ce paragraphe sont dus &#224; Mohand Ameziane Amenna.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il convient de rappeler que Ccix Muhend exer&#231;ait son magist&#232;re dans la plus stricte oralit&#233; car ce n'&#233;tait pas un lettr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;K. BOUAMARA&lt;br class='autobr' /&gt;
Hommes et femmes de Kabylie&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Yusef U Qaci</title>
		<link>https://www.nedjma.org/Yusef-U-Qaci</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.nedjma.org/Yusef-U-Qaci</guid>
		<dc:date>2026-04-22T16:17:31Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nedjma Institute</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Grand po&#232;te de la tradition orale, Yusefu-Qasi (Youcef-ou-Kaci) est n&#233; &#224; At-Garet (&#224; Abizar, disent certaines sources), dans la conf&#233;d&#233;ration des At-Jennad, aux environs de 1680, selon l'estimation de Mammeri (1988 : 66). &lt;br class='autobr' /&gt;
Il est d&#233;c&#233;d&#233; au cours de la seconde moiti&#233; du XVIIIe si&#232;cle. Quant &#224; sa s&#233;pulture, la l&#233;gende rapporte qu' apr&#232;s avoir &#233;t&#233; r&#233;clam&#233; par chacun des villages composant la conf&#233;d&#233;ration et de peur de voir son corps exhum&#233; et vol&#233; par l'un ou l'autre, on d&#233;cida de l'inhumer (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.nedjma.org/-Heritage-et-genie-les-grands-poetes-kabyles-" rel="directory"&gt;H&#233;ritage et g&#233;nie : les grands po&#232;tes kabyles&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Grand po&#232;te de la tradition orale, Yusefu-Qasi (Youcef-ou-Kaci) est n&#233; &#224; At-Garet (&#224; Abizar, disent certaines sources), dans la conf&#233;d&#233;ration des At-Jennad, aux environs de 1680, selon l'estimation de Mammeri (1988 : 66).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est d&#233;c&#233;d&#233; au cours de la seconde moiti&#233; du XVIIIe si&#232;cle. Quant &#224; sa s&#233;pulture, la l&#233;gende rapporte qu' apr&#232;s avoir &#233;t&#233; r&#233;clam&#233; par chacun des villages composant la conf&#233;d&#233;ration et de peur de voir son corps exhum&#233; et vol&#233; par l'un ou l'autre, on d&#233;cida de l'inhumer la nuit m&#234;me de sa mort et en pleine for&#234;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus qu'un po&#232;te ordinaire, Yusef fut en r&#233;alit&#233; un amussnauw, c'est-&#224;-dire un &#233;rudit de la temussni, la &#171; philosophie &#187; (entendu au sens originel du terme) berb&#232;re de Kabylie ; un savoir, oral et pratique, qui touche &#224; de nombreux les domaines de la vie sociale : le code de la kabylit&#233; (taqbaylit), le droit coutumier, l'histoire de la tribu, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, pour la post&#233;rit&#233; lointaine, Yusef &#233;tait surtout un 4 sb, un ma&#238;tre de l'art de bien dire en composant des vers. Un art qu'il a acquis et parfait au fil des ans &#8212; qui lui a &#233;t&#233; donn&#233;, diront d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en f&#251;t, dans la soci&#233;t&#233; kabyle d'antan, et surtout &#224; l'&#233;poque o&#249; vivait Yusef, caract&#233;ris&#233;e par une relative ind&#233;pendance vis-&#224;-vis du pouvoir turc et par des guerres intertribales incessantes, cet art de composer des vers n'&#233;tait pas de &#171; l'art pour l'art &#187; ou, selon les mots de Novalis, de l'expression pour l'expression &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi, l'usage qu'on y faisait d'un discours : po&#233;tique comme celui de Yusef&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mais il y avait bien s&#251;r d'autres types de po&#233;sie, tels que la po&#233;sie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &#224; l'instar de celui de tous les ifsihen (pl. de afsih), po&#232;tes &#171; engag&#233;s &#187;, &#233;tait &#233;minemment pragmatique, car dans ce contexte, parler veut dire : agir, influencer, de quelque mani&#232;re, le comportement de l'auditoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fonction que l'afsih Yusef-u-Qaci assurait dans ce contexte &#233;tait &#224; la fois multiple et diverse. Selon les circonstances, de guerres locales ou de paix momentan&#233;es, Yusef &#233;tait tout &#224; la fois a&#232;de, po&#232;te, homme politique et &#171; ambassadeur &#187; de son groupe de sang ou d'&#233;lection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous disposons de quelques t&#233;moignages selon lesquels Yusef, gr&#226;ce &#224; son &#233;loquence et &#224; sa subtilit&#233;, a emp&#234;ch&#233; la guerre d'&#233;clater entre les At-Jennad, groupe tampon dont il &#233;tait issu, et une tribu limitrophe, &#224; quelque que f&#251;t son statut, siba (comme les At-Waghlis, Iflisen, At-Wagnun, etc.) &#224; ou &#171; makhzen &#187;, comme les At-Qaci A &#8212; repr&#233;sentants du pouvoir beylical en Grande Kabylie (Tamurt n wadda).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ausst, &#224; chaque fois qu'ils se heurtaient &#224; un probl&#232;me intertribal grave qu'ils d&#233;siraient r&#233;gler &#224; l'amiable, les At-Jennad d&#233;p&#234;chaient Yusef-u-Qaci aupr&#232;s du groupe &#171; ennemi &#187; et lui donnaient carte blanche pour n&#233;gocier au nom du groupe. Investi d'une large autorit&#233; pour n&#233;gocier, Yusef semble avoir pu prendre, dans ce cas pr&#233;cis, des d&#233;cisions et des engagements que les At-Jennad respectaient (ou devaient respecter) scrupuleusement. On ne le d&#233;l&#233;guait pas seulement parce qu'il &#233;tait le plus &#233;loquent ou, en tout cas, habile &#224; mener les discussions et tractations dans de pareilles circonstances, mais surtout, parce que, comme tous les z shen, Yusef &#233;tait couvert par une sorte d''&#171; immunit&#233; &#187; (lzenaya) qui lui permettait de traverser, sans risques, tous les territoires kabyles, y compris celui du groupe hostile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Homme politique, Yusef l'&#233;tait &#224; plus d'un titre puisqu'il avait la charge de d&#233;fendre les int&#233;r&#234;ts du groupe et son territoire. Aussi, lorsque ces int&#233;r&#234;ts &#233;taient menac&#233;s, lorsque l'honneur du groupe &#233;tait malmen&#233; ou seulement mis en jeu, le premier &#224; r&#233;agir &#233;tait Yusef. Il devait provoquer un rassemblement g&#233;n&#233;ral de tous les clans de la conf&#233;d&#233;ration au lieu-dit Tafuyalt (Sidi Mensur &#233;tait le lieu de r&#233;union en p&#233;riode de paix) et il devait y prononcer un discours persuasif afin d'ouvrir imm&#233;diatement les hostilit&#233;s contre l'ennemi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;sent au combat aux c&#244;t&#233;s des siens, Yusef, en tant que po&#232;te, usait de son arme qui &#233;tait le Verbe. Dispensateur de l'&#233;loge et du bl&#226;me, juge des actes individuels, l'afsih par son Verbe &#224; double tranchant, exhortait les hommes &#224; la bravoure, valorisait l'ardeur au combat, citait nomm&#233;ment ceux qui se distinguaient particuli&#232;rement dans les affrontements, etc. Mais, aussi, par sa critique acerbe, il avertissait et stigmatisait les l&#226;ches et les &#171; embusqu&#233;s &#187; ; il les tournait en d&#233;rision ou mena&#231;ait carr&#233;ment de rendre publics leurs &#233;carts de conduite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A&#232;de, Yusef l'&#233;tait aussi, surtout en p&#233;riodes de paix. Faire et dire de la po&#233;sie &#233;tait en effet sa premi&#232;re fonction, ou son &#171; m&#233;tier &#187; (sa vocation, diront d'autres). Comme l'ameddab, il ne travaillait pas ; il vivait de ses productions po&#233;tiques. Mais contrairement &#224; l'ameddah qui r&#233;citait son r&#233;pertoire en allant de village en village, de march&#233; en march&#233;, en particulier &#224; l'&#233;poque des r&#233;coltes (d'huile, de figues ou de grains), l'afsih, parce qu'il avait un statut assez &#233;lev&#233;, ne se produisait jamais ainsi. l'afsih &#233;tait en effet toujours le h&#233;raut, le porte-parole d'un groupe donn&#233;, de son groupe agnatique tr&#232;s souvent, qui le &#171; nourrissait &#187; en quelque sorte. En revanche, le groupe au service duquel l'afsih mettait son arme verbale devait lui payer un tribut, un salaire en nature ; on lui collectait r&#233;guli&#232;rement des vivres en quantit&#233;s suffisantes. S'il lui arrivait de se produire ailleurs, ce qu'il faisait souvent en temps de paix, c'&#233;tait pour l'afsih un gain suppl&#233;mentaire et pour les villageois, qui le recevaient &#224; bras ouverts, un &#233;v&#233;nement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce titre, le cas de Yusef semble &#234;tre atypique. Il a &#233;t&#233; successivement (ou simultan&#233;ment) la &#171; conscience &#187; de deux groupes kabyles, les At Jennad, son groupe d'origine, et les At Yanni, un groupe ami. Ces deux groupes, &#233;loign&#233;s l'un de l'autre, connaissaient des situations politiques assez diff&#233;rentes. Le premier, situ&#233; sur une terre de pi&#233;monts, constituait une zone tampon et entretenait de ce fait des rapports ambigus avec le pouvoir beylical par le biais des At-Qasi ; les At-Yanni, tribu montagnarde, &#233;taient ind&#233;pendants vis-&#224;-vis du pouvoir turc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais Yusef prenait parti ouvertement pour i un comme pour l'autre de ces groupes, &#224; qui il a pr&#234;t&#233; son talent oratoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une joute po&#233;tique rest&#233;e c&#233;l&#232;bre, entre Muhend-u-Eabdellah (des A&#239;t-Iraten) et Yusef-u-Qaci (C. Nacib, 1993 : 213), ce dernier dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nekk d Ajennad men lasel-iw&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis originaire des At Jennad&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Yettrrzun lecdu&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui brisent leur adversaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les At-Yanni, et contre les At-Wasif cette fois, Yusef prend parti sans ambigu&#239;t&#233; (C. Mammeri, 1988 : 106-107) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nekk d At-Yanni grent tesyar&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre les Ait Yanni et moi les d&#233;s sont jet&#233;s Nitni inu, nekk baney nsen&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils sont &#224; moi et moi, c'est clair,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis &#224; eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'habitude, pour se produire, Yusef s'asseyait sur une natte &#233;tal&#233;e &#224; m&#234;me le sol, entour&#233; d'un cercle d'auditeurs (ad yef-k dzzin d'aqusis) ; il chantait en s'aidant d'un tambourin triangulaire sur lequel il donnait quelques touches. On dispose par ailleurs de deux t&#233;moignages qui, venant directement de ses pairs, permettent d'affirmer que Yusef-u-Qaci &#233;tait le prince des po&#232;tes de son temps ou, &#224; tout le moins, un ma&#238;tre reconnu de la po&#233;sie de cette &#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier vient de M3emmer Ahesnaw (Cf. Mammeri, 1988 : 263-269) qui, dans une joute po&#233;tique engag&#233;e avec Yusef (Cf. Mammeri, 1988 : 127), entame sa pi&#232;ce &lt;br class='autobr' /&gt;
par ces termes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nnan-i(yi) yesba Yusef &lt;br class='autobr' /&gt;
On m'a dit que Yusef est hors pair...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second t&#233;moignage est de Muh At Lmeseud (Mammeri, 1988 : 152159). Ayant voulu s'initier &#224; la po&#233;sie ou, mieux, &#224; parfaire son art aupr&#232;s de Yusef, il alla le trouver et introduisit sa requ&#234;te par ces vers (Mammeri, 1988 : 132) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; dadda Yusef ay ungal &lt;br class='autobr' /&gt;
Grand fr&#232;re Yusef ma&#238;tre des symboles,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ay ixf l-lehl-is &lt;br class='autobr' /&gt;
Prince des po&#232;tes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;BIBLIOGRAPHIE &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; CHAKER (Salem). Une tradition de r&#233;sistance et de lutte : la po&#233;sie berb&#232;re kabyle. Un parcours po&#233;tique, Revue du monde musulman et de la M&#233;diterran&#233;e |Aix-enProvence], 51, 1989/1, p. 11-31. &lt;br /&gt;&#8212; MAMMERI (Mouloud). Po&#232;mes kabyles anciens, Alger, Laphomic, 1988, p. 62-141. &lt;br /&gt;&#8212; MAMMERI (Mouloud). Dialogue sul po&#233;sie orale kabyle (entretien avec P Bourdieu) ui Culture savante, Culture v&#233;cue, Alger, Ed. Tala, 1991, p. 93 123. &lt;br /&gt;&#8212; NACIB (Youcef). Anthologie de la po&#233;sie kabyle, Alger, Editions Andalouses, 1993, p. 49-56 et 201 218.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Mais il y avait bien s&#251;r d'autres types de po&#233;sie, tels que la po&#233;sie religieuse, la po&#233;sie lyrique, etc.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;[K. BOUAMARA] &lt;br class='autobr' /&gt;
Hommes et femmes de Kabylie&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Lbachir Amellah </title>
		<link>https://www.nedjma.org/Lbachir-Amellah</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.nedjma.org/Lbachir-Amellah</guid>
		<dc:date>2026-04-22T16:16:29Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nedjma Institute</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Po&#232;te de la tradition orale, n&#233; au au cours de l'ann&#233;e 1861 &#224; Ichckkaben, dans la tribu des Imellahen, situ&#233;e au sud ouest de (Bougie), dans la vall&#233;e de la Sournmam Bachir Chibane, plus connu sous le nom de Si Lbachir Amellah (Si Lhacir Amellab, en r&#233;f&#233;rence au nom de sa tribu, Imellahen), est d&#233;c&#233;d&#233; le 26 d&#233;cembre 1930, en laissant trois filles issues de deux mariages. Il &#233;tait imam de son village. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans son enfance, Si Lbachir, comme tous les enfants kabyles de cette &#233;poque, fr&#233;quenta (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.nedjma.org/-Heritage-et-genie-les-grands-poetes-kabyles-" rel="directory"&gt;H&#233;ritage et g&#233;nie : les grands po&#232;tes kabyles&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.nedjma.org/local/cache-vignettes/L150xH140/lbachir_amellah-5ac0a.png?1776885745' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='140' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Po&#232;te de la tradition orale, n&#233; au au cours de l'ann&#233;e 1861&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Selon les documents de l'&#233;tat civil, dont existence officielle dans cette (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#224; Ichckkaben, dans la tribu des Imellahen, situ&#233;e au sud ouest de (Bougie), dans la vall&#233;e de la Sournmam Bachir Chibane, plus connu sous le nom de Si Lbachir Amellah (Si Lhacir Amellab, en r&#233;f&#233;rence au nom de sa tribu, Imellahen), est d&#233;c&#233;d&#233; le 26 d&#233;cembre 1930, en laissant trois filles issues de deux mariages. Il &#233;tait imam de son village.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son enfance, Si Lbachir, comme tous les enfants kabyles de cette &#233;poque, fr&#233;quenta d'abord l'&#233;cole coranique de son village natal o&#249; il apprit, aupr&#232;s de l'imam du village d'Ichekkaben, les premiers rudiments de la langue arabe et du Coran. Selon certaines sources orales, il serait all&#233; poursuivre ses &#233;tudes &#224; la zaouia (time3mmert) de Sidi Saeid de Tznagen, une sorte &#8220; d'&#201;cole normale &#8220; coranique qui formait les imams de villages ; &#224; la zaouia de Sidi Soufi de Bgayet, disent d'autres. En somme, deux &#233;coles ayant appartenu &#224; l'ordre confr&#233;rique de la Rahmaniya, qui fut le fer de lance de la r&#233;volte kabyle contre l'ordre colonial en 1871. Cet &#233;v&#233;nement fut, dit-on, la principale raison pour laquelle il n'est pas all&#233; jusqu'au bout de sa formation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#192; une date que nos sources ne pr&#233;cisent pas.&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qui suivirent la r&#233;volte EI Moqrani et de Cheikh Aheddad de Seddouk, Si Lbachir &#224;, selon Les m&#234;mes sources, exerc&#233; pendant quelque temps la fonction d'imam dans un ou plusieurs villages kabyles de la r&#233;gion, aujourd'hui difficiles &#224; identifier, Mais peu apr&#232;s, peut &#234;tre parce que le &#171; m&#233;tier &#187; ne nourrissait plus son homme, il rompt avec la &#171; Voie de Dieu &#187; (abrid n Rebbi), pour s'engager dans une autre, moins orthodoxe mais somme toute praticable, puisqu'elle avait &#233;t&#233; d&#233;j&#224; emprunt&#233;e, avant lui, par Si Muhend des A&#239;t-Iraten qui a dit : ssney abrid, xdiy-as (&#171; je connais la Voie et l'ai abandonn&#233;e &#187;). Il s'est donc engag&#233; dans la voie de la po&#233;sie pendant deux sinon trois d&#233;cennies, c'est-&#224;-dire jusqu'&#224; la fin des ann&#233;es 1910, date approximative &#224; laquelle il reprend, et cette fois jusqu'&#224; la fin de ses jours, son m&#233;tier d'imam.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est, en effet, apr&#232;s sa rupture avec la &#171; voie de Dieu &#187; qu'il est all&#233; rejoindre, en tant qu'accompagnateur d'abord, l'une des troupes de tambourinaires (idebbalen) qui sillonnaient alors la Kabylie et animaient les f&#234;tes, surtout pendant les p&#233;riodes estivales, moyennant une contrepartie en nature o&#249; en argent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour acqu&#233;rir la voix et le souffle, mais aussi la m&#233;moire, dispositions indispensables &#224; qui voulait chanter, Si Lbachir n'a &#224; vrai dire pas attendu sa rupture avec la pr&#233;dication ; il s'y est mis d&#232;s son jeune &#226;ge. En effet, &#224; la zaouia par exemple, o&#249; il a &#233;t&#233; pensionnaire pendant des ann&#233;es, les &#233;tudiants ( ttelba) psalmodiant le Coran, matin et soir, et chantaient en ch&#339;ur les po&#232;mes kabyles religieux (adekker).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Sa po&#233;sie &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La tradition des idebbalen&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Si Lbachir est appel&#233; adebbal par certains ; il s'agit, bien entendu, d'une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; au sein de laquelle s'est inscrit Si Lbachir, approximativement &#224; la fin de la deuxi&#232;me moiti&#233; du si&#232;cle dernier, existait bien avant lui en Kabylie. Nous retrouvons en effet dans les Po&#233;sies kabyles du Durdjura (Hanoteau : 1867, 3e partie) plusieurs noms connus de ces idebbalen, tous ou presque contemporains de Hanoteau. En s'engageant dans cette voie, Si Lbachir n'a donc fait que perp&#233;tuer la tradition de ses pr&#233;d&#233;cesseurs, tradition aujourd'hui quasiment disparue&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Si Lbachir est appel&#233; adebbal par certains ; il s'agit, bien entendu, d'une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais Si Lbachir a accompli son second &#171; m&#233;tier &#187; d'une mani&#232;re originale ou, tout au moins, in&#233;dite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du temps de Si Lbachir, et selon les t&#233;moignages unanimes des personnessources, ces troupes d'idebbalen &#233;taient constitu&#233;es de deux composantes, &#233;troitement associ&#233;es, mais distinctes cependant. Il y avait, d'une part, les idebbalen proprement dits, qui sont des musiciens &#171; tambourinaires &#187;) et, de l'autre, &#224; chanteur et son second. Ces Idebbalen toujours accompagn&#233;s de danseuses, pouvaient exister et animer des f&#234;tes de fa&#231;on autonome.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais dans le cas de Si Lbachir, les deux parties &#233;taient, dans les faits, &#233;troitement articul&#233;es ; elles formaient la m&#234;me troupe, connue sous le nom de &#171; troupe de Si Lbachir &#187; (tarba3t n Si Lbacir) parce qu'il en &#233;tait l'animateur et parce qu'il &#233;tait le seul &#233;l&#233;ment stable de la troupe, le pivot autour duquel les autres se rassemblaient. Si Lbachir lui-m&#234;me a remplac&#233; l'un ou l'autre des membres de son &#233;quipe. Il changea, dit on, trois fois d'accompagnateurs ; il s'agit successivement de Belqasem Ueezzug, Lmulud n Eli u-Mhend - qui a assist&#233; Si Lbachir pendant vingt-deux ann&#233;es de suite &#8212;, et enfin Muhend Ssa3id Aberbaci &#8212; qui fut son disciple et son successeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux parties de la troupe ne formaient cependant pas un bloc monolithique. Sur sc&#232;ne en effet, elles se produisaient souvent s&#233;par&#233;ment. Le terrain servant de sc&#232;ne pour la troupe et le public, toujours nombreux (surtout lorsqu'il s'agissait d'une f&#234;te organis&#233;e par un village ou une fraction de tribu), &#233;tait situ&#233; hors des habitations. Ce public, Mixte lorsque la f&#234;te &#233;tait de nature strictement familiale, &#233;tait dispos&#233; ainsi : d'un c&#244;t&#233;, Le hommes, jeunes et moins Jeunes, de l'autre les femmes et les enfants. Ce n'est qu'apr&#232;s le passage des idebbalen (proprement dits), tr&#232;s tard dans la nuit (d'autres sources disent, tr&#232;s t&#244;t le matin, &#224; l'aube) que Si Lbachir et son second, tambourins entre les mains, se produisaient devant le public. Ils marchaient entre les rangs et, &#224; voix haute, ils chantaient puis d&#233;clamaient leurs po&#232;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en principe dans ce cadre pr&#233;cis que l'essentiel du r&#233;pertoire po&#233;tique de Si Lbachir a &#233;t&#233; diffus&#233;, re&#231;u et appr&#233;ci&#233; en tant que po&#233;sie par ses divers publics successifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque Si Lbachir a quitt&#233; la sc&#232;ne (bien avant qu'il ne quitte la vie), Si Mubend Ssaeid Aberbaci, son disciple et continuateur, a, pendant des ann&#233;es (jusqu' &#224; l'or&#233;e de la Guerre de lib&#233;ration, disent certains), continu&#233; &#224; chanter seul les po&#232;mes du ma&#238;tre. Mais parall&#232;lement &#224; ce mode de transmission quasi &#171; officiel &#187;, d'autres cha&#238;nes de transmetteurs ont, &#224; coup s&#251;r, &#233;galement transmis de fa&#231;on informelle certains de ses po&#232;mes aux g&#233;n&#233;rations ult&#233;rieures. C'est en effet aupr&#232;s de ces relais que nous avons pu recueillir un certain nombre de po&#232;mes qui lui sont attribu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons que jusqu &#224; la r&#233;alisation de notre Anthologie de po&#233;sies kabyles lyriques attribu&#233;es &#224; Si Lhachir Amellah (Bouamara : 1995), c'est-&#224;-dire pendant plus de soixante dix ann&#233;es apr&#232;s qu'il eut quitt&#233; la sc&#232;ne, la po&#233;sie de Si Lbachir n'a circul&#233; que de fa&#231;on orale. Cette anthologie, qui rassemble 158 po&#232;mes, ne constitue donc probablement pas l'&#339;uvre compl&#232;te de Si Lbachir, ni, sans doute, son &#339;uvre &#224; lui seul, c'est &#224;-dire produite et cr&#233;&#233;e enti&#232;rement par Si Lbachir, En fait, elle n'est certainement qu'un fragment de l'&#339;uvre produite/transmise collectivement par un ensemble de personnes-sources, d&#233;termin&#233;es par les circonstances de l'enqu&#234;te circonscrite que nous avons men&#233;e (pour plus de d&#233;tails sur cette question, cf. Bouamara : 1997). En choisissant une autre aire de collecte et, par cons&#233;quent, d'autres personnes-sources, le r&#233;sultat aurait certainement &#233;t&#233; diff&#233;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#171; &#339;uvre &#187; n'est donc, pour reprendre une nuance de Jean Amrouche, pas de Lbachir, du moins pas enti&#232;rement, mais seulement &#224; lui. Ceci, parce qu'elle lui a &#233;t&#233; attribu&#233;e par la post&#233;rit&#233;, et &#224; titre posthume.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous retrouvons dans la po&#233;sie de Si Lbachir, du moins celle que nous avons recueillie, les th&#232;mes et les tournures anciens, ceux de ses pr&#233;d&#233;cesseurs que nous pouvons encore lire dans l'ouvrage de Hanoteau, adapt&#233;s bien s&#251;r &#224; la facture du moment : C'est s des s&#233;ries Leelam i d-Cudden seg.&#8230;., Adfel Yekaten.&#8230;, Rekbey lba&lt;br class='autobr' /&gt;
bur&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les th&#232;mes de pr&#233;dilections de Si Lbachir Sont :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La femme, l'&#233;pouse et la ma&#238;tresse : &lt;br class='autobr' /&gt;
Les m&#339;urs kabyles de son temps, l&#233;g&#232;res ou s&#233;v&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant les repr&#233;sentants de l'ordre &#233;tabli, et pour des publics divers, Si Lbachir a chant&#233; le couple, r&#233;el ou imagin&#233;, mais toujours compos&#233; de sa Bien-aim&#233;e et de Lui (Netta d Ezuzu), &#233;touff&#233; par le code kabyle de l'honneur, tacite mais tr&#232;s rigoureux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si Lbachir, dans un style expressif et tr&#232;s figur&#233;, a chant&#233; toutes les amours, celles que, pour vivre libres et heureux dans la vie ici-bas, la femme et l'homme entreprennent chaque jour. Si Lbachir a exprim&#233; dans ses po&#232;mes ce que beaucoup de ses contemporains n'osaient pas ou ne savaient pas dire, en tout cas, publiquement. Sensible &#224; l'extr&#234;me, il a chant&#233; tout ce qu'il a vu, entendu, senti ou ressenti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut cependant consid&#233;rer comme certain que, durant toutes ses ann&#233;es de chant et de p&#233;r&#233;grinations, Si Lbachir n'a pas trait&#233; que d'un seul th&#232;me, fut-il provoquant et central. Telle qu'elle se pr&#233;sente &#224; travers notre Anthologie, l'image de la po&#233;sie de Si Lbachir est certainement tronqu&#233;e. Des sources diff&#233;rentes aupr&#232;s desquels est possible de r&#233;aliser d'autres collectes &#224; en donneraient certainement une autre vision. Ceci, parce que les &#339;uvres orales sont par d&#233;finition ouvertes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;BIBLIOGRAPHIE&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;BOUAMARA (Kamal) :Anthologie de po&#233;sies kabyles lyriques attribu&#233;es &#224; Si Lhachir Amellah (1861-1930), m&#233;moire de magister, Universit&#233; de B&#233;ja&#239;a/Inalco, 1996, 288 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;BOUAMARA (Kamal) : &#171; Pour une m&#233;thode d'approche esth&#233;tique de la po&#233;sie kabyle orale : le cas de Si Lbachir Amellah (1861-1930) &#187;, communication pr&#233;sent&#233;e au colloque international B&#233;jaia et sa r&#233;gion &#224; travers les si&#232;cles B&#233;ja&#239;a, 11-13 novembre 1997 (&#224; paraitre).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Selon les documents de l'&#233;tat civil, dont existence officielle dans cette r&#233;gion ne remonte qu'&#224; 1891, Si Lbachir avait 30 ans &#224; cette date.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#192; une date que nos sources ne pr&#233;cisent pas.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Si Lbachir est appel&#233; adebbal par certains ; il s'agit, bien entendu, d'une appellation synecdoctique, parce qu'il faisait partie de la troupe&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Si Lbachir est appel&#233; adebbal par certains ; il s'agit, bien entendu, d'une appellation synecdoctique, parce qu'il faisait partie de la troupe&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;[K. BOUAMARA] &lt;br class='autobr' /&gt;
Hommes et femmes de Kabylie&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
